dimanche 10 avril 2011

Réparatif étape une : le lieu (2/2)



Le parc était en bordure de rivière, cette lumière dorée de fin de journée donnait à la nature en plein éveille en ce début avril un coté sacré, un coin de paradis, son coin de paradis (à plus d'un égard). Derrière la balançoire une aire de jeux, devant la balançoire, une table de pique-nique.


Arrivée dans le parc, elle posa ses affaires à coté de la balançoire. En grimpant dessus elle se demanda encore une fois combien de fois elle était venue en ce lieu s'extraire de la maison, se ressourcer dans ce coin de verdure...
Combien de fois elle s'était installée sur cette balançoire, et pousser sur ses jambes et ses bras pour essayer de s'envoler. En ce jour ensoleillé de début de printemps, elle refit les gestes, ces mouvements du corps qui permettent d'avoir cette sensation d'envolée, pousser très fort, se courber, se recourber, s'allongeant dans le ciel... Elle était seule dans le parc profitant de ce moment de recueillement.
Les mouvements créaient un déplacement dans la masse d'air, elle sentait le vent contre son visage, ses cheveux bougeaient librement. 
Sensation de liberté.
Volonté de s'envolé... un peu une obsession dans sa vie finalement, puisqu'elle recherchait toujours cette sensation depuis plus de 20 ans...
Elle profita donc de la solitude pour s'amuser sur cette balançoire.



Puis elle alla s'installer sur la table de pique-nique sous l'arbre, et ouvrit le premier journal... il lui semblait plus facile de s'y plonger ici à l'abri, loin de tout dans ce lieu hors du temps. Le soleil la réchauffait et semblait la préserver des démons dormants et rampants qu'elle n'avait pu affronter la veille durant la soirée. Sous la lumière dorée du soleil, il lui semblait plus facile de se replonger dans les mots de l'adolescente qu'elle était...
Ici elle était dans son entre celui qu'elle avait élu des années auparavant, celui ou elle voulait enterrer sa sœur symboliquement.

Elle lue ainsi durant 2 bonnes heures. Elle parcourue 2 des 10 journaux.
Puis sortie de la surprise de cette lecture, pour revenir à ce qu'elle était venue faire en ce lieu. A présent qu'elle avait constaté qu'il n'avait pas changé, qu'il était toujours "son" refuge.
Restait encore une question à laquelle ses premières investigations n'avaient pu répondre, LE lieu, ce bout de terre celui-là exactement où elle voulait creuser un petit troue pour y mettre son coquillage soigneusement emballé dans un voile de tulle qu'elle avait acheté la semaine passée, fermé par un ruban dorée. Ce bout de terre là où elle reposerait à jamais, ce bout de terre là était-il toujours accessible ?

Dans ce parc il y avait un chemin de terre rouge qui longeait la rive, d'où l'on pouvait voir le cours d'eau  tranquille, à gauche le chemin menait au village, à droite...
Dans son souvenir, le chemin remontait vers une petite butte où des maisons avaient été construites, derrière ses maisons le chemin rétrécissait, ne devançant plus qu'un petit passage étroit.  Là il y avait une église d'arbre, une sorte de bosquet dense où plus jeune elle venait se cacher, plusieurs fois elle s'était dit qu'elle fuguerait et qu'elle s'installerait ici, qu'ici personne ne pourrait la trouver jamais...
 Dans son souvenir, il y avait une première partie où des bambous avaient élus domiciles, ils formaient l'entrée de l'église, plus les arbres un mélange de chênes de bouleaux et de sapins poussaient silencieusement nourrit par la rivière, à l'abri de toutes perturbations.
Elle se souvenait aussi qu'il y avait de grosses racines qui plongeaient dans la terre à la recherche d'eau, elle s'y assaillait souvent pour regarder le cours d'eau. L'endroit telle qu'il était dans son souvenir était parfais pour elle, pour la laisser ici reposer à jamais, pour la laisser ici et ne plus la portée à bout de bras dans sa vie.
De la table de pique-nique elle ne pouvait voir si ce passage existait toujours, s'il était toujours ouvert, si elle pourrait y accéder...

Elle réunit ses affaires étalées sur la table, son portable, ses cigarettes, son briquets, les journaux, son carnet de note dans lequel elle avait inscrit certaines phrases, certains mots de l'adolescente qui l'avait bouleversés, son stylo plume, ses lunettes de soleil, son baladeur MP3. Elle remit ses chaussures qu'elle avait ôtées pour être plus à l'aise.

Elle prit une grande inspiration et d'un pas résolu avança vers le passage. Le cœur battant elle marcha tranquillement, lentement. Les derniers rayons du soleil lui léchaient le visage comme pour l'aider dans sa mission, comme pour la réchauffer. A l'intérieur, elle avait froid, elle avait peur.

Une question résonna dans sa tête à ce moment précis, "et si..." et si le lieu n'était plus? S'il avait disparu, où te mettrai-je? Après tout les kilomètres parcourus pour venir justement en ce lieu précis, celui-ci exactement qui représente tant pour moi. Si je ne peu pas le faire ici, où le ferai-je ? " Elle toucha le coquillage qu'elle avait remit dans sa poche ses derniers jours, tout à coup, il lui sembla plus lourd.

L'esprit empli d'interrogations elle atteignit le haut de la butte, d'où elle vit avec soulagement l'entrée de son église végétale, où elle pourrait accomplir l'enterrement, cette cérémonie symbolique qu'elle avait tant retardé.

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