mercredi 20 avril 2011

Journal d'une ceremonie: L'heure H

Arrivée à destination, elle coupa le moteur de sa 207 blanche. Son regard se posa sur les "fournitures" qui étaient là à portée de main sur la moquette grise n'attendant que d'être saisi.
Une longue inspiration lui fut nécessaire pour se sortir de sa torpeur diffuser par la chaleur de la voiture... Elle revient à elle après s'être noyée dans ses pensées. Elle inspira profondément pour se donner un peu de courage. A chaque pas, a chaque étape du processus elle devait se pousser, s'exhorter à faire "ce qui devrait être fait".
Munie de son sac contenant coquillage emmaillote, ballon, binette, plan de fraisier, rubans et fleurs coupées elle se dirigea vers l'église végétale.

L'entrée de l'église végétale

A l'intérieur la végétation avait largement repris ses droits : des herbes folles poussaient en tout sens! Elle finit néanmoins par se frayer un passage dans les hautes herbes pour atteindre en contre-pas un plateau qui surplombait la rive. Elle posa son sac à main et les fournitures satisfaite de l'endroit choisi. "Oui, ici tu seras bien" pense-t-elle tout en faisant un tour d'horizon du paysage environnant.
Elle resta assisse là un moment silencieusement, à l'écoute des sons de la nature. Des petits oiseaux chantonnaient le cœur léger, contrastant cruellement avec son état intérieur où crainte, soulagement et sérénité se mêlaient étrangement.
Puis elle prit une des feuilles de papier dans son sac, et commença à écrire la dernière lettre, l’ultime lettre. La lettre où il était question de dire adieu. 

Ce qu’elle écrivit durant 40 minutes à sa sœur jumelle, elle seule le sait.
A près qu’elle est tracé les derniers mots, elle déchira la lettre la plaça dans un pot en verre et y mis le feu. Le papier se noirci progressivement mangeant ses mots. Elle s’imaginait que la fumée dégagée par la combustion emmenait avec elle ses mots dans le ciel, à la rencontre de celle à qui ils étaient destinés.

Durant ce temps, elle gonfla un ballon rose. Puis le retient quelque temps contre son ventre, il se réchauffait. Elle savait qu’elle devait le laisser aller dan l’air où le vent le porterait, loin d’elle, loin de sa vue, loin de sa présence, loin de sa protection…
Et puis vient le moment où elle s’adressa à lui : «  je te lâche la main, bonne route sur ton propre chemin… » Elle le lâcha, le regardant s’échapper dans les airs, prendre son propre envol, lui aussi était libre des attaches terrestres à présent qu’elle l’avait lâché. Deux grosses larmes coulaient lentement sur ses joues laissant une trace liquide.

Se mot « lâcher » colorait chacun des actes qu’elle avait décidés d’accomplir.
L’ultime acte du lâcher sonnait. Elle mit en marche la musique qu’elle avait choisi, puis se saisie de la binette, elle choisit un espace dégagé et commença à creuser.
Creuser ce troue, un symbole qu’elle redoutait, mais elle le fit, coup après coup l’objet contendant enlevait de la terre,  pour permettre une excavation. Les sanglots la transperçaient de part en part, elle suffoquait presque, tout en poursuivant consciencieusement l’excavation. Elle évalua à plusieurs reprise la taille du troue. 

Le pot contenant le papier devenu cendre devint le sarcophage du coquillage emmailloté dans son linceul.
Elle plaça le cercueil dans le troue. Avec quelques gestes précis, elle le recouvrit puis fit un second trou à proximité pour y mettre cette fois un fraisier, c’était la plante qu’elle avait choisi en ce disant qu’un jour il donnerait des fraises et que peut-être des inconnus les mangeraient… 

Et puis parce que dans la mort, elle ne voulait pas oublier la puissance créatrice de la Vie, donc lorsqu’elle avait vu le fraisier dans la boutique de plante, il s’était presque imposé de lui-même. Elle s’adressa à cette mini tombe : « je me suis dit qu’un fraisier c’était une bonne idée et que tu aimerais, moi j’aime bien." 
Et à présent que chaque acte était terminée elle s’assit juste à coté de la plante et se mis à pleurer. Les larmes s’enchainaient sur ses joues comme l’entrée perpétuelle d’acteur en scène, à tel point qu’un moment la scène fut totalement comble… Le visage totalement trempé du liquide salé. Son cœur battait vite, elle laissait sa peine sortir de sa poitrine, lentement les danseurs sortirent de scène. Elle s’essuya le visage. Et regarda admirative la plante, la preuve que tout était fait que la cérémonie était terminée. 

Elle ressentit un grand vide, une absence de matière… un peu comme lorsqu’on marche dans le noir et qu’on sait qu’il y a là un obstacle qu’on devrait sentir dans quelques secondes... Cette absence de matière qui déroutent totalement les sens. 

Elle était vide, en attente de la rencontre d’une matière, sans savoir de quoi il s’agissait. 
Elle fut alors prise d’une frénésie. A l’aide de la binette elle arracha les herbes folles, les mauvaises herbes autour de son fraisier. Dans ces gestes violents et agressifs, il y avait un reste de colère, celle qu’elle continuait à garder tapi au fond d’elle, la colère d’avoir été abandonné trop tôt, la colère d’avoir été la « survivante » la colère d’avoir à porter les boulets, les siens et ceux des autres. Elle s’attaqua à un gros chardon qu’elle frappait violement, coup après coup les feuilles se détachaient, elle s’attaqua à la racine de la plante le cœur du mal, celui qu’elle voulait enlever… Avec force elle parvient à faire céder la racine qui se détacha totalement de la terre, elle la jeta négligemment sur la rive, heureuse d’avoir coupé ce mal là ! 
Puis elle s’attaqua à un autre, et un troisième, jusqu’à être satisfaite, jusqu’à avoir un sentiment de satisfaction. Elle s’attendait à rencontrer la matière, alors elle l’avait cherché dans des ennemis potentiels, qu’elle avait vaincus eux aussi !

Puis apaisée elle s’assit quelque temps à proximité de la plante à présent dégagée, elle se recueillie religieusement sur cette tombe de fraisier, pour dire adieu une dernière fois (une autre encore, car il est difficle de dire adieu...)

Il était l’heure de partir, de tourner les talons à la tombe et d’avancer vers autre chose, vers l’avenir. Elle fut alors traversée par l’envie de courir aller vivre sa vie là où elle l’attendait à quelques milliers de kilomètres d’ici. Elle partie alors le cœur allégé, une faim de vie au ventre.
Dans sa poitrine la griffure se faisait toujours sentir, mais elle présentie que cette sensation ne la quitterait probablement jamais. Peu importait car la vie l’attendait là derrière cette église végétale. Elle avança avec détermination et force sur ce chemin qu'elle s'était tracé.

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