La visite de l'église végétale datait de 3 jours, elle savait qu'il lui restait peu de temps pour terminer ce qu'elle était venue faire ici. Elle avait cru avoir beaucoup de temps pour se préparer, lire, écrire, mais elle s'était trompée, les rencontres avec ses amis et sa famille prenaient plus de place que ce qu'elle avait estimé.
Et puis un jour, une amie se décommanda, alors elle avait une journée de libre, elle réfléchit tout en buvant son thé bouillant. Finalement elle se rendait compte qu'elle esquivait sa mission de diverses manières, elle essayait de fuir... une habitude qu'elle avait prise peut-être? ... Elle se sourit à elle même en fumant sa seconde cigarette de la journée.
Donc lundi elle était libre, elle avait toute la journée, elle pourrait prendre tout son temps... les autres jours étaient déjà "booké"...
Lundi 13 avril...
Le chiffre 13, la date du 13 de chaque mois... elle avait remarqué depuis quelque temps que chaque mois, le 13 était un jour surprenant! Alors le 13 oui cela sonnait bien, oui le 13 était la date de la cérémonie.
Elle avait pris sa décision, elle se dit "demain donc je finalise la préparation, j'achète les derniers accessoires qui me maquent, puis je file directement au bord de l'eau. et ..."
Elle énuméra mentalement ce dont elle avait besoin, un ballon, une plante... Et si j'ajoutais une photo, se dit-elle. "oui je vais ajouter une photo!"
Alors qu'elle listait les tâches restantes, elle sorti le coquillage de sa poche se disant que demain elle allait le mettre dans... ailleurs, qu'elle allait le rendre à la terre...
C'est alors qu'elle ressentit le poids de la tristesse au fond de son ventre, celle qu'elle avait écarté devant ses amies, cette tristesse qu'elle avait appris à mettre dans un coffre en bois isolé du reste de ses sensations. Elle avait tout à coup terriblement mal au ventre, comme si ses entrailles se déchiraient de l'intérieur, comme si elle implosait.
Elle avait presque "oublié" qu'elle devait accepter de dire adieu, qu'elle devait accepter ce deuil un peu étrange. Et pour cela pour laisser partir un être cher et elle devait ouvrir le coffre en bois en laisser les émotions la traverser comme des balles traversent la cible de papier.
Elle s'effondra littéralement sur le sol de sa chambre rose, là recroquevillée elle pleura de toute son âme durant des heures entières sans jamais pouvoir s'arrêter. Une boite de mouchoir semblait avoir été posée là pour l'aider à essuyer le flux continu et intarissable. Au fur et à mesure le sol se voyait jonché de boule de papier ouaté usagé trempé de larmes. Elle pleurait si fort qu'elle n'arrivait plus à respirer. Ces pleurs qui ressemblent à ceux des enfants désespérés qui ne peuvent s'arrêter... et qui suffoquent presque de ce débordement. Le poids de la douleur la terrassait dans cette posture : assisse sur le sol, le visage baigné de larmes, les yeux totalement rougis et bouffis, son maquillage lavé par le débit des larmes laissait deux trainées noires sur ses joues pâles. Elle se vit dans le miroir tout à coup. Elle se mit à parler à cette fille qui la regardait, celle qui comme un perroquet répétait le moindre de ces gestes, jusqu'à la larme qui coulait sur sa joue gauche...
"A quoi aurait-tu ressemblé ? Comment aurai-tu été avec moi ? T'aurai-je aimé ou bien détesté ? M'aurais-tu rejeter toi aussi , comme les autres, ou bien aurais-tu été mon parfait alter égo celle qui m'aurait compris, la seule, l'unique? Je t'ai imaginé parfaite, je t'ai imaginé me comblant totalement... Peu importe, tu n'es pas, tu n'es plus et je dois te dire adieu, sans même..."
Elle regarda fixement le miroir et la fille rousse dans les yeux comme si elle attendait un signe, une réponse, un geste, quelque chose qui pourrait la soulager.
Les mots aidant le flot de larme fini tpar se tarrire doucement, lentement. Elle se sentait mieux, comme lavé, la douleur était toujours là au fond, elle la sentait toujours et elle se dit que peut-être d'une certaine manière la douleur serait toujours là mais qu'elle deviendrait plus supportable jour après jour. Mais malgré le poids de cette douleur, elle se sentait mieux, prête.
Elle inspira à plein poumon, se releva, pris une cigarette dans son paquet s'accouda à la fenêtre et fuma calment, organisant la journée du lendemain qui serait difficile elle le savait, mais elle l'acceptait. Elle acceptait de dire adieu à sa jumelle, cette personne qui n'était pas elle. Elle était vivante, alors que l'autre celle qui était dans le miroir, celle qu'elle n'avait jamais pu toucher qu'à travers la surface froide d'un miroir ou d'une vitre, celle qu'elle voyait dans son reflet était morte voilà bien longtemps, des années plutôt. Elle était celle qui vivait, elle était celle qui devait dire adieu pour mieux vivre encore. En fermant la fenêtre elle aperçue son reflet qui lui souriait.
Les pensées d'une amie l'accompagnèrent sur ce beau et terrible chemin.
RépondreSupprimeret les mots de son amie lui firent du bien, allégeant quelque peu son fardeau qu'elle se préparait à déposer.
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