Œuvre à voir au Musée Reina Sofia à Madrid!
Alice observait le beau jardin que Monsieur Filibert entretenait avec tant de soin. Regarder ce jardin lui faisait du bien, la calmait, l'apaisait, l'aidait à sortir par la pensée de son fauteuil roulant dont elle ne pouvait plus sortir à présent.
A 13 ans, Alice était gravement tombée malade, les médecins en ce début du 19em siècle, ne connaissent pas cette maladie qui l'avait frappée tel l'éclair en pleine orage. Elle avait commencé par tomber très souvent, jusqu'au jour où ses jambes ne l'ont plus portées...
Clouée à son fauteuil à roulette, et souvent aussi à son lit, Alice s'était créée une autre réalité, un autre monde peuplé de livres, d'aventures, d'histoires d'amour, d'équipées sauvage... La fuite dans son imaginaire était son seul salut. Depuis 5 ans que la maladie avait cueillie son enfance et emportée son adolescence, toutes ses chances d'une vie normale s'étaient envolées. Elle voyait ses amies grandir, s'épanouir se marier et avoir des enfants. Certaines venaient la voir de temps en temps. Mais à chaque fois elle se sentait encore plus triste, plus consciente de tout ce dont elle était privée, tout ce dont sa maladie la privait.
Au fur et à mesure elle avait appris à accepter : accepter de ne plus marcher, accepter de ne plus pouvoir sentir l'herbe sous ses pieds nus, accepter de ne plus sortir à la ville, accepter de ne pouvoir bouger certain jours quand la douleur dans ses membres inférieurs était insupportable.
Mais il y avait des choses qu'elle ne pouvait pas accepter : ne pas pouvoir lire et se concentrer. De plus en plus souvent la douleur lui prenant toute son énergie et tout son temps. Elle ne pouvait plus lire et se réfugier dans sa bulle. Elle refusait d'être privée de sa seule et dernière source de joie. Elle ne pouvait accepter d'être dépossédée de l'unique espace de liberté qui était le sien : son imaginaire
Depuis ses derniers mois, la maladie gagnait du terrain, l'usait. Le temps passé à lire diminuait de jour en jour, les crises étaient de plus en plus longues, de plus en plus violentes.
Les meilleurs jours elle pouvait espérer lire 3 heures. Ses nuits entières passées à lire étaient bien loin...
Alice se demandait souvent pourquoi le sort lui avait réservé cette maladie, pourquoi elle devait tant souffrir.
Alice était une jeune fille bien élevé d'un milieu bourgeois, elle était douce, plutôt souriante. Sa maladie l'avait un peu changée : elle était plus taciturne, plus solitaire. Souvent elle se sentait seule et en colère. Souvent elle pleurait dans son oreiller.
Et puis les mois passèrent. Elle ne pouvait plus lire.
Un jour la crise fut insupportable, puis cela se calma. Le jour suivant il en était de même et le jour d'après aussi. Généralement les crises étaient espacées. Mais elles l'étaient de moins en moins...
Après trois jours sans répits elle pensa pour la première fois à en finir. "Dormir pour toujours serait un tel soulagement, la fin du supplice, du calvaire" se dit-elle. Juste s'endormir sans jamais se réveiller. Le sommeil éternel. Elle y pensa une fois, puis réprima cette idée. Puis une autre fois la pensée la surpris à nouveau jusqu'au jour où l'idée s'était installée dans son esprit, au point d'en devenir une obsession.
Elle n'en pouvait plus elle voulait mourir. De toute façon à quoi ressemblait cette vie faite de souffrance!...

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