C’est en organisant une session de rangement générale que Léa retomba dessus.
Elle retomba sur de nombreux souvenirs d’ailleurs à cette occasion : les photos qu’elle avait vite fait mis de coté lorsqu’enfin elle s’était décidée à les enlever des cadres entassés face contre terre sur son étagère.
Les photos de tous leurs voyages qu’elle avait soigneusement sélectionnés, commentés, rangés et collés dans les albums photos. Les albums qu’elle avait fait pour « nous ranger dans un livret ». Elle eut un sourire et elle se dit qu’elle avait bien fait de réaliser ces albums. Elle aimait ces photographies, les beaux souvenirs des jours heureux : les jours amoureux.
Et puis il y avait cet objet, le bijou, la bague.
Elle l’avait rangé il y a quelques mois parce que l’avoir au doigt était trop lourd,.L’objet lui rappelait trop les jours malheureux, ceux où il l’avait abandonné alors qu’elle venait de se faire sa troisième fausse couche. La douloureuse déception et la blessure de l’abandon.
Alors elle avait décidé de ne plus porter la bague. Peut-être qu’un jour elle serait capable de la mettre à nouveau, le jour où elle serait prête, le jour où les blessures seront guéries… Le jour où elle ne sera plus obsédé par l'enfant qu'il avait fait avec une autre.
Un jour peut-être. Quand la rancœur ne sera plus, ni la colère, ni la haine, ni la rage, juste le souvenir d’une belle histoire qui l’avait grandi.
Et de tomber dessus, là… Elle l’avait presque oublié même si depuis son doigt était nu. Elle avait trouvé des substituts d’autres bagues en toc, de brock. En vérité ,elle n’avait pas oublié la bague qu’elle avait portée durant 9 ans et demi.
Mais le toc valait mieux que les diamants et les saphirs dans ce cas-là!
Elle s’était rendue compte un matin que le fait même de porter la bague , de la glisser à son doigt chaque matin était une marque de fidélité de sa part à elle envers lui, envers ce « nous » qu’ils formèrent un jour.
Après tout cette bague, il lui avait offert pour ses 25 ans…
Elle se souvenait parfaitement de ce jour, le 7 avril 1999. Ils avaient décidé sur un coup de tête de partir, s’éloigner de Paris et trouver un peu de chaleur. Florence était la destination idéale en cette saison ! (rechercher ville…)
Elle avait été furax qu’il ne lui ait pas encore souhaité son anniversaire alors qu’il était déjà 13 heures ! Tout de même !
Accoudés au bar, en pleine dégustation d’un… Il s’était décidé ! Enfin!
Il avait sorti de sa sacoche un paquet rectangulaire bien emballé, lourd. Ses yeux brillèrent à nouveau dès que son oui ereconnu le bruit particulier des emballages cadeaux ! Elle adorait les cadeaux, depuis toujours elle aimait les cadeaux! Même devenue adulte elle fêtait son anniversaire rien que pour cela: retrouver le plaisir d’avoir des cadeaux, de déballer… le problème en vieillisant c'est que les cadeaux étaient rares!
Elle redevenait alors une enfant de 10 ans, des étoiles plein les yeux, le jour revenait sur son visage.
Vincent avait dû se retenir toute la matinée, il voulait tellement la surprendre. Et quoi de mieux que de la frustrer un peu pour augmenter son plaisir ?….
Il s’était donné du mal pour tout préparer. Il attendait le moment propice, celui où elle serait suffisamment agacée mais pas encore boudeuse, ni excédée. Depuis qu’ils étaient sortis du musée XX, il sentait son visage se fermer,et l’agacement monter. Au musée elle était trop absorbée par les toiles pour se souvenir de la date : son anniversaire.
Là il était temps, il le savait.
Au spectacle de son sourire, à la voir jouer comme elle le faisait avec le paquet, déçue par sa forme, mais intriguée elle cherchait à deviner en palpant le contenu. Ses pensées se lisaient sur son visage radieux.
Bon dieu en cet instant il se sentait tellement amoureux d’elle.
Elle déballa le papier bleu soyeux, elle se souvenait de sa douceur pour en avoir gardé un morceau dans sa boîte à souvenir. Il s’agissait d’une boîte en bois artisanale, finement ouvragée provenant du Venezuela, un pays dont elle était tombée amoureuse durant ses études d’anthropologies.
Elle avait l’air partagée entre déception et regret, elle avait espéré autre chose… Mais bon…
Elle ne l’ouvrit pas, la tournant en tous sens pour juger le travail et puis aussi parce qu’elle était gênée par sa propre insatisfaction.
Il intervient « comme ça, tu pourras aussi ranger tes bijoux quand tu viens chez moi ! »
-oui, bonne idée merci. » Répondit-elle poliment.
- Ouvre là". Il la poussa gentleman, voyant sa déception.
Elle s’exécuta une lueur d’espoir dans le regard. La boite contenait un cylindre cartonné qui lui contenait une feuille manuscrite, elle la déroula. Un poème de sa main, il lui avait écrit un poème. Elle sentit sa gorge se serrer et se mit à lire avidement. Elle sentit l’émotion montée comme un ras de marée au fur et à mesure que les mots dansaient devant ses yeux. Un poème d’amour comme les princesses pensa-t-elle ! Il était magnifique, Vincent y dévoilait son amour pour elle une nouvelle fois, promettant que tous les jours seraient des jours heureux… À l’époque elle y avait cru, il avait l’air si sincère., il y croyait aussi! Elle était extrêmement émue et se jeta dans ses bras amoureusement ,l’embrassa passionnément. C’était un magnifique cadeau qu’il lui offrait : son amour, leur avenir… Il lui rendit son baiser tout aussi passionné.
Elle allait remettre le poème dans le cylindre après l’avoir relu, quand elle sentit le poids d’un objet, elle secoua pour voir : il y avait quelque chose à l’intérieur. Elle retourna le cylindre dans sa main pour y accueillir l’objet. Le premier contact fut froid ; elle lui jette un regard où une lueur de défi passa un court instant. Il y lu « non ! Tu as fait ça ?…. »
Elle ferma la main sur l’objet à l’écoute de ses sens, cela ressemblait bien à… Une bague !!! Elle n’osa ouvrir sa main pour voir même si elle en mourait d’envie, elle voulait figer ce moment dans sa mémoire. Le moment où il lui offrit la bague.
Pas de doute, 9 ans après elle s’en souvenaient comme si c’était hier !
Le jour de la promesse des jours heureux, elle se dit que décidément mieux valait ne pas faire de promesse dans la vie. Tellement douloureux quand elles ne sont pas tenues !
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