mardi 7 décembre 2010

Parce que le temps passe...



"Ne pas passer à côté, ne pas passer à côté, ne pas passer à côté"
Comme un leitmotiv sa voix intérieure criait fort ! Ne passe pas à côté de ta vie, stop ça suffit !

Depuis qu’elle s’était réveillée de sa léthargie, depuis qu’elle avait décidé de reprendre le contrôle de sa vie, sans pour autant en être dans le "contrôle" elle ne voulait plus dormir, elle voulait profiter des instants de chaque seconde qui s’égrène, qui file comme le sable entre les doigts.
"Je veux vivre chaque seconde" se dit-elle.
Pendant la majeure partie de sa vie elle avait eu l’impression d’avoir regardé passer les secondes très très lentement sans les saisir, sans en faire quelque chose de ce temps qui passe, sans même le vivre !
"Putain quel gâchis ! J’ai passé la majeure partie de ma vie à dormir !"

C’est avec cet état de conscience, qu’elle était depuis quelque mois, et aujourd’hui encore plus, aujourd’hui elle avait le temps puisqu'elle ne travaillait plus.
Toutes ces journées, 24 heures entières pour elle, pleinement et entièrement pour elle, égoïstement pour elle, elle, elle et rien qu'elle.
Et malgré ce temps, il lui en manquait encore pour tout faire, faire tout ce dont elle avait envie aujourd’hui car des envies elle en avait plein, mais même avec ces 24 heures soit 1 440 minutes et 86 400 secondes, elle n’en avait encore pas assez !
Alors dormir justement, il n’en était plus question ! Si il y avait bien un moyen de grappiller du temps, d’essayer d’en avoir plus c’était celui-là : moins dormir !
Alors à 6 h 30 du matin elle décida de se lever, pour récupérer du temps sur son temps de sommeil, elle calcula : "si à présent je dors de 1h du matin à 6 h 30 soit 5 h 30, j’ai une journée de 19 heures devant moi soit 68 400 secondes contre 57 600 habituellement lorsque je dors 8 heures par nuit soit un gain de 10 800 secondes !"

Ce chiffre 10 800 secondes !… un cadeau

Et tout à coup elle se sentit fatiguée de courir, fatiguée d’être sous sa propre pression, sous son propre contrôle, sous sa culpabilité, car c’était bien de cela qu’elle souffrait : la culpabilité de n’avoir pas commencé à vivre sa vie comme tout le monde, jeune, même si elle était encore jeune… Enfin elle espérait 38 ans, ce n’est pas si vieux non ?…
Les marques sous ses yeux indiquaient bien ce qu’il en était, elle était crevée, épuisée, laminée, déchirée, morte, elle n’en pouvait plus.
Mais le leitmotiv ne cessait pas : ne passe pas à côté, ne passe pas à côté, ne passe pas à côté…

Elle voulait dormir, d’un sommeil profond et réparateur pas de ce sommeil trouble qui la voyait se réveiller avec des douleurs dans les yeux.

C’est alors que lui revint en tête ce qu’une amie lui avait dit une fois : "un peu d’indulgence pour celle qui n’a pas pu faire autrement". Réalité se dit-elle, je n’ai pas pu faire autrement que regarder ma vie passer, je ne pouvais en être l’acteur principal, alors je me cachais, j’étais statufiée… Flippée je passais mon temps à pioncer, quelle conne!"

Aujourd’hui la statue a pris vie, c’était cela le principale.
Le temps, toutes ces heures de léthargies, toutes ces heures devant la télé à regarder des conneries, toutes ces heures allongée sur le lit, à se forcer à dormir un peu plus, encore un peu plus.
Tout ce temps perdu, elle ne pourrait le rattraper, elle était condamnée, au même titre que tous les êtres humains, à voir le temps passer sans ne rien pouvoir faire d’autre que de vivre chaque minute intensément.
Elle sourit, oui intensément ça maintenant elle y arrivait !

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