Voilà quelques jours, elle avait reçu un mail d'un membre de sa famille, dont elle ne partageait pas le sang. Un membre de cette famille de procuration.
Recomposé dit-on souvent à propos de ces familles...
Décomposé, serait plus juste! En tout cas les siennes de familles étaient totalement disloquées en morceaux, explosées...
"Décomposé" le mot raisonnait juste à ses oreilles...
Sa représentation de la "famille" était de cet ordre précisément : décomposer à plus d'un égard. Famille que pourtant elle avait essayé de REcomposer à plusieurs reprises... Sans aucun succès, alors elle avait abandonné pour se préserver, parce que parfois il ne sert à rien de crier quand face à soi les gens sont sourds.
Donc elle reçoit ce mail dans lequel on lui donne des nouvelles! On me donne des nouvelles, ce qui déjà en soit est un exploit, une prouesse, une performance, que je suis mauvaise langue tout de même! S'était-elle dit.
L'information clé qu'elle retiendra est celle-ci : "elles ne m'ont pas prévenue que mon père avait fait un tour à l'hôpital... Parce que ce n'est pas du tout le genre d'information qu'une fille à besoin de savoir à propos de son père... Non bien sur..." Elle était passablement agacée, énervée, excédée, outrée.
A la lecture des mots : " Pour info: papa est rentrée en urgence à l'hôpital après les fêtes pour un super méga lumbago hyperalgésique avec des souffrances terribles, une semaine et reprise du travail il y a 15 jours, maintenant ça va bien mais il reste fragile."
Elle s'était pétrifiée sur place, ses yeux parcouraient les lettres affichées sur l'écran sans réellement croire ce qu'ils étaient en train d'y lire.
"Père"-"Hôpital"-"souffrances"-"maintenant"-"fragile"
Le premier mouvement avait été l'inquiétude, mais tout allait bien... alors tout de suite après l'inquiétude avait fait place à la consternation face à l'ensemble du contenu de mail. Comment dire de manière anodine quelque chose d'un peu grave, qu'elle aurait aimé savoir, en temps voulu, soit pendant!
Etait-elle tellement en dehors de leur vie ? De toute évidence...
Et ce POUR INFO, condescendant, méprisant.
Ces mots "Pour info" qui peuvent dire plein de chose, au delà de ce qui peut réellement être dit :
- "Je t'informe au cas où cela t'intéresse toi, fille indique qui ne te préoccupes pas de nous et encore moins de lui..."
- " Je t'informe pour que tu saches que de toute façon tu n'as plus de place dans sa vie, tu sais j'ai pris moi toute la place. De plus comme de tout façon tu n'as rien fait toi pour garder ta place et bien tant pis pour toi! Mais bon tout de même je t'informe, ce qui me donne aussi l'occasion de te montrer ma place comparée à la tienne. Moi sa compagne!"
Mmh songea t'elle il y avait tout cela en même temps derrière ces 2 mots! Le sens caché ! Le signifiant contre le signifié! ...
Elle savait que sa belle mère n'avait jamais exprimée ou montrée de réticences à son égard, jamais un mot plus haut que l'autre, mais derrière cette apparence... Il y avait des manifestations, des signes qu'elle avait toujours vu, toujours sentie dès le début, mais c'était somme toute humain. Quoiqu'il en soit ces signifiés subtiles que seul un œil aguerri et observateur peut voir, elle les avait bien vu et les voyait encore.
C'est donc dans cet état qu'elle décida de différer sa réponse. Décision qui lui paraissait plus sage que de dire abruptement sa manière de penser. Elle aurait usé d'ironie voire même de mesquinerie pour se venger ! (mouvement somme toute très humain celui la aussi!)
Mais comme elle avait murie, comme elle savait que dire ce qu'elle pensait ne ferait qu'empirer la situation, l'envenimée une fois de plus, une autre fois, encore une fois...
Et puis comme de toute façon elle avait fait le deuil, comme elle avait renoncé... elle avait choisie de différer!
Mais à trop différer...
Vient le temps de la réponse, celui on différer n'a plus de sens. Le moment où il faut répondre.
A chaque fois qu'elle regardait ses mails elle voyait LE mail, là en attente le "non lu" avec son nom à elle la femme de son père.
Le temps de formuler la réponse, la pensée, la travailler, l'envisager avait sonné. Elle devait le reconnaitre. Et c'est alors que l'art de la diplomatie devait s'exercer! La diplomatie quiconque la connaissait un peu savait que ce n'était pas sa qualité principale... Alors elle différait, et différait...
La forme de la réponse importait autant que le fond : comment dire : "si mon père est malade j'exige d'être prévenue parce que je reste sa fille que je le veuille ou non et que tu le veuilles ou non! Donc la prochaine fois, je veux être avertie immédiatement! Compris! Merci."
Quels mots utiliser, quelle manière de répondre écrit, oral ? Comment présenter la chose l'appeler elle ou lui? Chez eux ou sur leur portable ? Leur dire quoi ? Et comment ?
Quoiqu'il en soit de la forme elle savait qu'elle devrait user de toute la diplomatie et tout son self-control pour ne pas s'emporter et tout balancer vulgairement au visage de son ou de ses interlocuteurs.
Ne pas cracher le venin, mais le digérer pour présenter son point de vue de manière correcte polie mais ferme!
Oui elle devrait usée de tous les trésors de diplomatie possible, de toutes ses forces! Elle était déjà fatiguée et pourtant il était temps!
"Aller je réponds!"
Prendre une grande inspiration, tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler...
La diplomatie mmh mmh!!!
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