Les obsèques de mon grand père sont passées. Les cérémonies ont été belles. J'ai pu dire quelques mots mais pas assez, alors je prend le temps, ici dans mon espace, dans mon salon, dans le silence de cette soirée d'en poser d'avantage pour m'aider à mieux continuer à vivre.
Mon grand-père était un grand bonhomme, un homme courageux, persévérant et tenace. Il a fuit son pays pour assurer des jours meilleures à sa famille, à moi sa descendante, et à mes cousins. Ce constat me remplis de gratitude pour lui, pour son courage. Traverser clandestinement un pays dans l'espoir d'une vie meilleure... un choix bien compréhensible...
Le jour de ma naissance, j'étais sa première petite fille, il s'est précipité pour m'acheter une gourmette en or. je l'ai toujours. Ne connaissant pas mon prénom, ils sont repartis avec pour la faire graver.
C'est aussi au moment de ma naissance qu'il a arreté de flirter avec l'alcool. Il est devenu sobre, fini les crises de violences.
J'ai envie de garder de lui un maximum d'image d'amour et de vie:
Les soirs d'orage lors que le courant était coupé, je me réfugiais sur le canapé et collé à ma grand mère je regardais mon grand père raconter des histoires d'horreurs en portugais. lors de la chute son visage s'illuminait : les yeux pétillants, un grand sourire au lèvre il jubillait de son effet de surprise.
Cet air malicieux je crois que j'en ai hérité, peut-être un peu différemment, mais un peu tout de même.
C'est si étrange de me dire que lorsque j'irai rendre visite à ma grand mère il ne sera plus là pour venir me chercher, fier comme un pape avec sa canne et son chapeau sur le quai de la gare, à m'attendre.
C'est étrange de me dire qu'il ne me passera plus le fromage portugais que j'aime tant mangé chez eux.
C'est étrange de se dire qu'il n'est plus, enfin, plus physiquement.
Je sais qu'il vit dans mon coeur par l'amour que je suis capable de donner, par mes rires et des sourires, par les moments où je m’émerveille.
Il est vivant dans ma manière de vivre.
Néanmoins le deuil est là, il est question de faire face à l'absence.
Et puis toutes les petites choses de la vie qui ramènent à lui, des choses infimes et un peu idiote parfois! des fois c'est en voyant le bus pour Bretonneau passé devant moi, d'autre fois c'est en voyant une canne dans une pharmacie. d'autres fois en croissant un vieille homme de sa corpulence.
Je ne le vois pas partout mais parfois il est dans mon esprit.
Hier à mon cours de danse une copine m'a dit "qu'est ce que tu avais tout à l'heure? tu avais les yeux dans le vide." J'ai répondu "oh rien."
Mais il est vrai que parfois je plonge à l'intérieure de moi, que je vois son visage sans vie, ses mains qui ne bougent plus.
Je me souviens alors de ma détresse devant ce cercueil que j'ai suivie toute la journée, où j'ai laissé l'emprunte de mon rouge à lèvre, un baiser pour l'accompagner dans la crémation. Mais je n'ai pas pu me relever. j’aurai voulu m'allonger sur le cercueil et ne plus bouger, que le monde s'arrete et qu'un géni se matérialise pour me rendre mon grand père, parti trop top, beaucoup trop top. Je suis parfois en colère pour ça, quand j'entends d'autres parler de l'age de leur parent ou grand parent, 94 ans, 91 ans. 15 ans de plus que lui. Il aurait du avoir ces 15 ans auprès de nous, il aurait du être là pour rencontrer ses arrières petits enfants.
J'apprends à vivre avec cette tristesse et ce manque, tout en me rassurant en me disant qu'il est dans mon coeur.
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