Texte écris en hiver 2015
Cela faisait des mois que Lisa n'avait pas ressenti cette sensation; à nouveau elle s'imposait à elle : la transparence et le mal-aise; l'un nourrissant l'autre, l'autre entretenant l'un dans un cercle perpétuel.
Face au mal-aise la même réponse, celle du silence et de la distance, le costume des vieilles habitudes.
Pourtant rien ne présageait que la soirée la renverrait à ces vieux démons. Une soirée entre amies, elles ne s'étaient pas vu depuis un petit moment, pas toutes ensemble en tout cas. Un restaurant chaleureux, une bouteille de vin, se raconter les derniers événements, les derniers potins, rire, et puis les futurs projets en commun...
En revoyant la soirée défilée dans sa mémoire, elle n'arrivait pas à voir quand cela avait-il commencé. A quel moment précisément s'était-elle exclue de la soirée. A quel moment s'était-elle tue ?
Peut-être dès le début en fait, peut-être à partir du moment ou son ressenti avait été jugé. Indéniablement cela avait commencé là, un "tu ne peux pas dire cela" sentencieux qui avait relégué son ressenti à l'état de "non-être", d'injustifié. Or renier ce que l'autre exprime revient à bafouer son altérité, son droit à la différence. Ce droit à la différence, Lisa l'avait déjà payé fort cher, alors le simple fait de ne pas être entendu l'avait renvoyé à cela, sans pourtant qu'elle soit capable de l'identifier. Le coup avait été porté.
Alors rapidement, sans s'en apercevoir, Lisa avait glissé dans l'invisible : parler le moins possible, passer le plus inaperçu possible, ne rien en laisser paraître. Cela semblait fonctionner aux yeux des autres, personnes n'avaient vu l'étole de tristesse se poser sur ses épaules. Les années recluses dans sa carapaces de Reine des Glace, avaient laissées leurs traces. La soirée s'était déroulé sans autres encombres, puis chacune rentra chez soi.
Le mal aise de Lisa se dissolue dans le quotidien, en partie seulement car l'invisible se révélé aux yeux averties...
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