Photo: Left boots East London - Ellen Rostant
Elle est revenue.
La peur, celle de l'abandon.
Cette vieille amie que j'avais perdu de vue. Me tenant seule en plein jour, elle n'avait plus de place.
Elle n'était plus. Je l'ai cru.
Elle était seule cachée tapis derrière ma solitude.
La peur de l'abandon est revenue, elle est là, elle m'agresse. Elle me chope à la gorge, me donne envie de vomir. Elle est là insidieusement cramponnée à mes intestins les soudants les uns aux autres dans un nœud solide, une masse informe belle et bien tangible.
Elle est revenue. La peur de l'abandon.
Elle est là, en moi. Elle est là, en moi, elle est là en moi.
Irrationnelle l'émotion m'asphyxie. Je ne respire plus, je ne vois plus. La terreur s'est emparée de moi. Rien à faire que rester allonger, immobile, face contre terre.
Écouter les battements de mon cœur. Retrouver la réalité de ma chair, sentir le sang pulser dans mes veines.
Faire le vide, juste sentir, sentir, sentir, sentir, sentir, sentir.
Elle est revenue. La peur de l'abandon.
- Pourquoi tu es revenue?
- Pour toi, pour que tu te souviennes, pour que tu n’oublies pas.
- Oublier? tu crois vraiment que j'ai pu oublier?
- Je suis là pour toi, pour que tu ne t'y trompes pas : TU ES SEULE, et SEULE TU RESTERAS. Ne t'illusionne pas. Tu es née seule, tu mourras seule. Je suis là pour que tu t'en souviennes, que tu ne te perdes pas dans l'illusion d'un "Nous", pour que tu ne te crois pas protégée et en sécurité.
- Je veux que tu me laisses, je veux que toi tu m'abandonnes, que tu me laisses vivre ma peur de perte à bonne distance. Je veux être debout, rester debout, me souvenir à chaque crise que quoiqu'il en soit je suis debout, je resterai debout. Toujours Debout et Seule oui, mais pas que.
- As-tu compris pourquoi j'ai une telle emprise sur toi, pauvre petite chose fragile?
- Oui, je le sais. Je reste une moitié isolée, une seule face d'une pièce. Je suis seule, elle n'est pas, plus. Tout le drame est là, personne, absolument personne ne peut combler ce gouffre qui me sépare d'elle pour toujours. Et toi tu es là en permanence, cachée dans le gouffre prête à sortir dès qu'un tiers apparait dans ma vie. Je te connais, je te reconnais. Mais je ne sais pas quoi faire de toi. Tu me transformes, tu fais de moi une larve dégoulinante et hurlante, une larve qui se tortille le plus possible pour avoir toute l'attention de son auditoire. Tu fais de moi un être faible et craintif. Tu fais de moi une capricieuse caractérielle. Je te hais.
- Je suis plus encore que tout cela. Tu me crois ennemie quand je suis ton amie. Tu te trompes, je suis là par toi et pour toi. Je suis là pour que tu te souviennes que tu dois te tenir droite, le torse bombé, le regard lointain. Je suis là pour que tu restes toi, que tu restes entière même si tu n'es plus qu'une face de la pièce, tu es là face qui brille, la face vivante. Je suis là pour te rapeller quand tu glisses dans la fusion, que ce n'est pas le bon chemin, je suis là pour te dire : Tient toi droite. Avance sur ta route
- Et je me tiens droite parce que tu me l'as rappeler. Oui.
- Oui, tu te tiens droite, debout, entière et unique. Ne l'oublies pas : Tu es seule, ce qui signifie non pas la solitude mais la singularité. Ne perds cette singularité sous aucun prétexte, pour aucune raison, pour personne. Reste droite et avance sur ta route.
- Oui je reste droite. Et j'avance sur ma route.
Elle est revenue. La peur de l'abandon. Elle est là la peur que moi même je m'abandonne pour un autre.
Après un temps, seule
Dès qu'un tiers rentre dans ma vie, je la sens, je sens sa présence derrière le voile. Je sens sa force, son envie de rire et de jouer avec moi. Ces quelques instants, minutes, heures que l'on a passée l'une à coté de l'autre dans nos poches translucides. Et puis je me souviens du moment où plus rien, plus de contact, plus de bruit, plus de rire, plus de mouvements.
Le vide
Ce moment où tout à basculé, le moment où je suis devenue l'unique, la face brillante d'une pièce qui n'aura jamais plus que son coté pile. Je ne peux pas m'empêcher d'avoir peur de ce même moment de rupture dès que quelqu'un rentre dans ma vie. Quand sera-t-il? Quand le vide frappera-t-il?
Mon irascible peur de la mort, mes souvenirs de sa mort. Le vide et le silence obnubilant et tonitruant. Ma peur est là, la peur de la mort. La peur de la mort des gens que j'aime, de ceux qui sont rentrés dans mon cercle. et quand il s'agit d'un IL, la peur est encore plus vivace, plus aigue, plus percutante, plus frontale.
Laisser rentrer un Il dans ma vie implique un attachement, implique des sentiments, implique une place... Implique aussi la peur de la perte, peur qui chez moi revêt des couleurs bien plus sombre encore que pour le commun des mortelles.
Alors oui pour la gérer cette peur, se souvenir de reste debout et d'avancer
Quoiqu'il arrive, peu importe ce qui arrivera, le pire comme le meilleure car quoiqu'il en sera je resterais debout et j'avancerai, toujours, toujours, toujours.
Un pas après l'autre, toujours la même litanie. Un pas après l'autre.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire