"Elle s'est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier,Sindler. Ma mère aimait qu'on parle d'elle. Sa vie n'apparaît pas dans mon travail. Ça l'agaçait. Quand j'ai exposé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu'elle n'expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s'est exclamée: "Enfin".
Ainsi, par ce texte, commence l'exposition que j'ai d'abord détesté et puis aimé,avec la même force.
Pour la présenter simplement, il s'agit de l'hommage d'une fille à sa défunte mère. Le récit d'un deuil. Très touchant plein d'humanité de pudeur et de tendresse.
Je l'ai d'abord détesté pour ce qu'elle m'a renvoyé de ma propre situation ma relation à ma mère et je l'ai aimée par la suite pour le nouvel éclairage donné sur cette même relation.
Du moment où l'exposition m'a fait dire : " Un jour toi aussi tu mettras ta mère dans une boite"... Violente réalité prise en pleine face!
C'est à partir de là que je suis rentrée dans cette exposition, je me suis laissée émouvoir par la mise à nue ; le récit de la mort, les derniers instants, le deuil, les souvenirs. L'histoire de l'amour d'une fille pour sa mère.
J'aurai envie de tout raconter, tous les moments qui m'ont touchés :
- Les objets qu'elle aimait, déposés dans le cercueil à l'image des objets laissés dans les tombeaux Égyptien pour permettre aux morts de les utiliser une fois passés dans l'autre monde. "Les bonbons acidulés. Le foulard Dior, les livres et Cd aimés..."
- Le post-it "Si je devais disparaître, je te laisse mon ombre, elle veillera sur toi" avec la photo d'une ombre (message de la mère ou de la fille? je ne sais pas mais dans les deux cas c'est magnifique!)
- Le pèlerinage au pôle Nord pour accomplir un voyage inachevé, et y déposer des objets symboliques : un Diamant, un collier et une photo.
- Les "mother" gravés dans la pierre, posés sur des stèles en mémoire
- Le dernier mot prononcé...
Beaucoup d'humour dans cette exposition, d'auto-dérision et d'amour! Pas de pathos, j'ai aimé cela aussi!
Et surtout ce qui m'a profondément déplus au départ mais qu'après coup j'ai également beaucoup aimé: la disposition des espaces qui forme le récit, surtout par la liberté de lecture qu'elle laisse.
Merci à Sophie Calle pour m'avoir rappelé cette réalité potentielle du jour où "moi aussi je mettrai ma mère dans une boite". Je me dis que ce jour là pour que je la laisse partir, j'aurai besoin de me dire que j'ai connu cette femme, que je l'ai aimé telle qu'elle est et que je lui ai pardonné.
J'espère ce jour là savoir quoi mettre dans le cercueil pour honorer sa mémoire, et lui permettre de passer dans l'autre monde... Et là en prenant le temps d'y penser je me dis que oui, je saurai.
Après plus de 6 mois passés sans être allée voir ma mère, je me dis qu'il est temps de lui rendre visite. Et pour cela, pour m'avoir permis d'avoir envie d'aller voir ma mère je vous remercie Mme Calle!
Aussi forts peuvent être les sentiments, les émotions...Tout nous relie...
RépondreSupprimerUn beau partage que celui que tu offres et qui donne envie d'aller voir cette expo