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| Être bouche cousue... |
Il m'est arrivé une aventure assez drôle qui m'a fait prendre conscience de la place qu'ont pris les mots dans ma vie ces derniers temps, la place du calepin orange.
Ce week end je suis sortie de chez moi persuadée que mon fidèle compagnon se cachait au fond de mon énorme sac entre le parapluie, Pariscope et ma trousse four tout rose.
En chemin, je plonge la main dans mon sac à la recherche de l'ami fidèle, sans succès. Il se cache bien dans les recoin de l'énorme sac me suis-je dit. Mais après un examen méticuleux de l'ensemble du contenu, ce qui se traduit par un étalage sur le siège du métro face à moi de mes affaires (Et mon voisin de siège se dit : et bah il peut en contenir des choses ce sac! Je lis sa remarque dans son regard.)
Mais je constate avec regret l'oubli : le calepin orange n'est pas là. L'ami fidèle me fait défaut!
Pour la première fois depuis 6 mois je me retrouve sans solution , sans espace pour dire, pour exprimer et coucher frénétiquement l'idée qui passe, le mot...
Je suis donc invitée à me taire et remettre à plus tard le moment d'expression. Contrainte au silence : frustrant!
Je vais donc l'esprit troublé rejoindre une amie pour aller voir l'expo photo d'"Alexandra et Pierre Boulat" au Petit Palais.
Et au cours de l'expo arrive le moment où j'ai besoin d'écrire, une fois, deux fois, trois fois et puis après j'arrête de compter le nombre de fois. Je n'ai pas de quoi écrire.
Je trouve au fond de mon sac magique les restes d'un bout de papier. Mais pas assez de place pour répandre les mots. Le substitut ne fonctionne pas. Je reste sans le mot écrit.
Je commence à me sentir comme une droguée qui doit attendre sa dose, même si elle sait que bientôt (dans quelques heures) son besoin sera assouvie, elle commence à sentir les effets du manque : le picotement dans les doigts, la tension dans le corps... Droguée à l'expression!
Et puis après l'expo nous allons au théâtre voir "Les amis du placard" de Gabor Rassov joué par Romane Bohringer, Didier Benureau, Matthieu Rozé et Aliénor Marcadé-Séchan .
Et là encore j'aurai aimé pouvoir écrire le chamboulement ressenti à chaud! La pièce est hyper dérangeante.
Il s'agit d'un couple de Bourgeois pédants qui, parce qu'ils s'ennuient se payent le luxe de "s'acheter des amis" qu'ils hébergent dans le placard. La pièce est plus que grinçante, ou y ri jaune/orange voire pas du tout, on y est effaré par les scènes où les amis sont "conviés" à distraire leurs propriétaires de toutes les manières possibles, jusqu'aux délires sexuelles avec des marionnettes censés amuser les assoiffés d'amusement. Bref c'est choquant, dérangeant et déstabilisant. Mais le spectacle offre une réflexion de notre société où pour se distraire on regarde la TV réalité qui va de plus en plus loin dans l'absurde, on se rencontre par Internet parce qu'on ne sait plus parler à des inconnus, où l'érotisme a été remplacé par les codes porno-trach... Un reflet de la société sans fard ni paillettes! Un reflet sombre!
Et donc forcement suite à cette pièce je brûlais du besoin d'écrire. Depuis j'ai pu assouvir mon besoin, mais sur le coup ne le pouvant pas, j'ai commencé à me sentir comprimée comme entravée dans mon être.
La sensation a été très étrange! Le manque se faisait ressentir plus vif, plus incisif, toujours plus opprimant!
Leçon : ne pas oublier le calepin sur la table du salon, sous peine d'effets secondaires indésirables!

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