Dialogue : Quatre personnages sont dans un avion, qui n’est pas le même, elles ont pris un avion a des moments différents mais se retrouvent dans un espace temps intemporel.
Pendant que l’Apeuré et laConfiante parle, l’Intrépide semble plongée dans ses pensées pas vraiment à l’écoute de la conversation. LaRevenante est là mais aucune des trois autres ne la voient, elle écoute patiemment et attentivement ces consœur.
La confiante à l’apeurée : « Tu te souviens de ce que tu as éprouvé lors de l’envolée ? Lors de ta première envolée hors du chemin balisé, hors du tunnel dans lequel tu te cachais par le passé ?
L’apeurée : oui, comment pourrais-je jamais oublié cette sensation ;
l’appel de la liberté, un vent me portait vers un inconnu qui m’attirait tout en me terrifiant. J’avais cette sensation de me lancer, de l’élancer. Lorsque l’avion décolle il y a ce petit palier où le cœur fait un petit bon à l’intérieur… tu sais, ces secondes de flottement intérieur
(Dans un sourire) Je me souviens des larmes de liberté qui coulaient sur mes joies, cette émotion intense.
Oui je me sentais terriblement vivante…
La confiante : (avec la même expression) Par la suite à chaque fois que j’ai pris l’avion je souriais à ce moment précis. Tu te rends compte du chemin que tu as fait ?
L’apeurée : mmh, parfois je te regarde depuis ce siège, je regarde tous les événements que tu as traversés, les personnes rencontrées...
je regarde l’intrépide et je me dis que vous m’avez bien laissée en rade, (dans un éclat de rire)
Vous m’impressionnez et je suis fière de vous, et de moi ! Sans ma force et mon courage vous ne
seriez pas là et nous en serions toutes au même point avec tous ces poids :
au fond du tunnel attendant la mort sans vivre.
La confiante: « tu as donné le premier coup de pieds dans le cercle dramatique dans lequel nous tournions ! Mon dieu une vie de morte ! tu te rends compte du temps qu’il nous aura fallu pour nous libérer de toutes ces chaines.
L’apeurée : sans parlé du budget ! Ca nous aura couté cher en sessions chez le Psy!
La confiante : oui mais la liberté vaut tous les sacrifices !
L’apeuré : Quel grisement que de se sentir palpiter, l’adrénaline du défi de l’inconnu, le saut dans le vide !
La confiante : Tout en sachant que quoi qu’il se passe, on peut faire face !
L’apeurée : C’est vrai !
L’intrépide : En même temps vous ne vous êtes pas retrouver à l’autre bout de la terre… Moi je pars, même si la décision prise était la bonne je m’inquiète, les épreuves que vous avez eu à passer étaient mesdames de moindre ampleur…
Demain je décolle, ce n’est pas un vent de liberté que je ressens cette fois, mais plutôt quelques inquiétudes ! J’ai peur oui ! Toute intrépide que je peux être !
La confiante à l’intrépide : « tu sais je crois que c’est la bonne attitude, et même que cela est
normal! Quand l’apeurée est partie elle était totalement naïve et presque qu’inconsciente, elle n’aurait pu faire ce que tu t’apprêtes à faire, et c’est par son expérience que j’ai appris la confiance et que toi aujourd’hui tu t’inquiètes tu es prudente, et c’est ce qu’il faut, ne pas être naïve ! Imagine l’apeurée à cinq milles kilomètres, sans guide dans sa poche…
L’apeurée : hé ! Je suis là ! Bah quoi j’aime bien les guides !
La confiante : oui les papiers, les lignes et les cubes te rassurent !
L’apeurée : un peu de respect pour celle dont vous êtes accouché ! Et puis si l’intrépide n’a pas besoin de guide… grand bien lui face !
L’intrépide (affectueusement) : Ne te vexe pas ! On se moque gentiment !
L’apeuré : faites donc, n’empêche que c’est pratique un guide, ça permet de savoir où l’on va ! Là toi tu ne le sais même pas !
L’intrépide: c’est vrai ! Je connais les directions, et puis je crois qu’il est là aussi mon défi cette fois… Faire différemment, expérimenter, accepter les galères et voir comment je m’en sors… Je n’ai pas regardé les hôtels pour avoir un plan B (je vais jeter un œil tout de même ! Sauf si j’achète quand même un guide, mais comme Roberto m’accueille chez lui, chez sa mère, il ne devrait pas y avoir de
problème !
L’apeurée : tu vois tu joues les intrépides mais tu as tout de même besoin de repères !
L’intrépide : oui j’avoue ! On ne se refait pas ! Une carte serait utile ! Ok je vais l’acheter ce guide !
Tu as raison, ne renions pas sur notre mode de fonctionnement !
L’apeuré : Tu sais bien que de toute façon tu fais quelque chose de différent, d’un peu fou… Il n’est peut-être pas nécessaire de se mettre en danger outre mesure ? Non ?
L’intrépide : Je ne sais pas... je crois qu’il y a dans ce voyage là... encore quelque chose d’initiatique. Quelque chose de différent.
Chacune de vous à initié un mouvement, chacune de vous s’est lancé dans un élan de vie.
Apeurée et la confiante en cœur : Notre parcours EST initiatique !
L’intrépide : je veux dire, pour le voyage de l’apeurée tout était réglé, prévue, bouclé avant le départ, pour mon voyage aussi mais je veux laisser une plus grande part à la liberté, à l’imprévu, à …
La confiante : la spontanéité !
L’apeurée: tu as raison, tu t’éloignes des balises que j’ai posé, du mode de fonctionnement connu jusqu’alors. Tu expérimentes et nous te regardons grandir ! (Avec fierté)
L’intrépide : (fragile) Mmh, mais ce n’est pas sans angoisse, sans peur, sans inquiétudes.
Ce qui me pousse là, moi... C’est l’envie d’aller plus loin,tant géographiquement qu”intérieurement”Avec ce voyage de quelques milliers de kilomètre je me mets au défi d’exister en terre inconnue.
La confiante la prenant dans ces bras : Sens la force là dans ton ventre, sens l’assurance que tu dégages, raccroche toi à elles. Tu n’es plus l’oiseau fragile d’entant (montrant l’apeuré feuilletant un guide), tu es une colombe magnifique qui peut devenir un aigle ! Tu en es capable ! Alors vole loin, loin !
Elles s'arrêtent de parler et restent immobile,
comme dans un film dont on aurait mis pause. La revenante prend la parole, mais avant elle leur tourne autour, caresse la joue à l’une. Souri à l’autre.
La revenante au public:
Ces trois là ne savent pas, elles le présentent bien évidemment, mais elles ne savent pas dans quelle mesure leurs voyages, et surtout celui que s’apprête à vivre l'intrépide va changer à jamais sa vie.
Il y a eu un avant, il y aura un après. Cet après c'est moi qui l'aie vécue; moi, la revenante.
Se retournant vers les 3 autres et les regardant longuement.
Non elles ne savent pas. Elles s'attendent à une aventure romanesque, à un rêve éveillé.
Or c'est à l'humanité qu'elle vont être confrontées, la belle humanité et puis son ombre plus laide, plus sournoise plus violente et blessante.
Le cadre va être paradisiaque : une île volcanique au milieu d'un lac, des levées de soleil orangés, des couchers flamboyants, une nature sauvage et hostile.
Et des rencontres, plein de rencontres, des partages plein.
Des défis, des découvertes...
Mais de la violence aussi, des incompréhensions... nombreuses, très nombreuses. De la douleurs beaucoup, beaucoup.
Que s'est-il passé me demandez-vous?
L'indicible : la rencontre avec l'irréelle, l'irréalité, appelé plus communément la folie.
Il m'est difficile d'en parler, difficile de la raconter, tout aussi difficile de l'accepter.
Parfois je me dis " c'est bien moi et non un être factice qui a vécue ces événements", "ce n'était pas un simple cauchemar dont on fini par se souvenir dans un flash au cours de la journée.
Je suis la revenante car j'ai traversé ces événements et d'autres aussi depuis, plein d'événements, plein de moment de folie et d'irréalité...
La folie, c'est un mot qui fait peur, qui peut séduire certain, repousser d'autres. Qu'en est-il quand on la vie, quand on la sent s'emparer de soi?
Long silence pensif
La folie, c'est un mot qui fait peur, qui peut séduire certain, repousser d'autres. Qu'en est-il quand on la vie, quand on la sent s'emparer de soi?
Long silence pensif
Et puis après, bien longtemps après : un diagnostic, des cachés, des cachés tous les jours, chaque jour des cachés pour toujours.
Et cette nécessité : ACCEPTEZ.
Et cette incapacité : ACCEPTER L'INACCEPTABLE.
Le constat : la lutte perpétuelle, l'abandon partiel, les sursauts de lutte, les abandons par forfaits. La lutte la lutte la lutte.
Des pires crises, J'en suis revenue, je n'en suis pas morte, pourtant une part de moi est morte avec ces événements, une part de moi n'est plus. Qui était-elle cette partie disparue? Ces trois là, ou l'une d'elle en particulier... je ne saurai dire
Autre chose est née, une autre force, une sensation dans le ventre, une certitude dans le corps : "vivre vivre, vivre", comme une urgence. Un impératif absolu.
Je suis la revenante.
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