vendredi 14 mars 2014

2 ans après...

A-Donner de soi... Quelle étrangeté aujourd'hui pour moi.
Z- En quoi est-ce étranger?
A-Parce que je crois que je ne sais pas faire, je ne sais pas donner de moi. Je ne suis même pas certaine de savoir me donner de moi à moi même. Alors donner de soi à d'autres... Comment le pourrais-je?
Z- Tu n'as jamais donné de toi? Jamais jamais? 
A-Si parfois, des fois, certaines fois... Sans y penser, sans le préméditer. Mais... Il y a bien eu une période où j'ai eu l'impression de donner beaucoup. Mais je ne sais pas, j'en garde une crainte à présent. Comme si donner de moi à nouveau ce serait au risque de perdre des bouts de moi. Et je crois que je n'ai pas de bout de moi à perdre. 
J'en ai déjà trop perdu.
Z-Je comprends ta peur de donner. 
De quoi aurais-tu besoin pour avoir envie de donner à nouveau?
A-D'enlever mes carapaces en toute sécurité surement...
Silence
Tu sais il y a eu dans ma vie une fracture comme un tremblement de terre. Avant ce tremblement j'étais arrivée à une qualité d'être que j'aimai, qui me plaisait, j'avais abandonné une peau. J'avais muée. Habitée par cette force, je me suis lancée dans une grande aventure en me faisant confiance, et puis il y a eu de nombreuses secousses sismiques, certaines plus grave que d'autres. Le tremblement de terre à duré longtemps. Et mes fondations ont été touchées, profondément touchée, les murs et le toit de mon être ont été fragilisés, j'ai été fragilisée.
Silence

Puis il y a eu l'après tremblement.
J'ai la sensation d'avoir tenté de reboucher les fissures des murs, de remplacer les tuiles manquantes, d'avoir remplacé les vitres soufflées par les déflagrations... En apparence, la maison était réparée. Mais les fondations, elles sont toujours fragilisées. J'ai fait un maximum pour "avoir l'air" d'avoir géré la tempête, mais finalement peut-être n'ai-je fait que me duper moi-même... M'illusionner pour reprendre le cours de la vie, pour essayer. Je crois même y être un peu parvenue, dans une certaine mesure en tout cas. J’ai réussi à vivre d’autres choses, à continuer à expérimenter et à apprendre, ce qui finalement n’est pas si mal au vu de l’ébranlement subi.

Quoiqu'il en soit, les couches de carapaces que j'avais enlevées, je les ai remise et même doublée pour les renforcer.

Alors oui, dans le contexte actuel je ne suis pas prête à donner quoi que ce soit à qui que ce soit. J'ai un gros travail de reconstruction à réaliser avant de pouvoir donner de moi à nouveau. 

Z-Ces bouts de toi dont tu parles, ceux que tu penses avoir perdu durant ce tremblement, quels sont-ils ?
A- C'est difficile à expliquer.

J'ai perdu un bout de mon essence vitale, de cette force de vie qui m'habitait alors, une sorte de confiance naturelle et absolue inébranlable, une confiance bienveillante, une envie de découverte,  une confiance dans l'altérité complémentaire et dans les vertus de l'ouverture à la différence. 
J'ai perdu l'envie d'avoir envie (peut-être faudrait-il comme dans la chanson "qu'on me donne l'envie l’envie d'avoir envie..." a nouveau) Sourire.

J'ai perdu de la vie, j'ai eu une fuite de vie, comme on aurait une fuite d'eau.

Z-Ce tremblement a détruit des pans entiers de toi.
A-Oui je crois, je le sens comme ça en tout cas. Et je crois que pour la première fois je l'accepte.
Ce tremblement de terre a eu lieu. Il m'a été néfaste, il m’a été destructeur.
Oui j'ai été mal menée et détruite, et pour cause.
D'ailleurs depuis j'ai l'impression "d'avoir l'air" de vivre sans vivre vraiment ou trop peu. Il y a des îlots de Vie que me maintiennent, des centres d'intérêt que me font du bien, un en particulier, et le reste est peuplé de dérivatifs qui m'éloignent de la douleur, qui m'éloignent des souvenirs et des sensations, mais ils m'éloignent aussi du centre de moi, de mon noyau. 
Finalement j'ai l'impression qu'avant le tremblement j'habitais l’ensemble de ma Vie, et qu'ensuite je suis allée me réfugier sous le lit. Depuis j'en sors le moins possible, ou pour prendre toujours le même chemin.  Un chemin où je ne vois pas les dégâts de la maison, un chemin dégagé en apparence.

Z-Comment pourrais-tu te reconstruire?

A- C'est une bonne question. Comment? 

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