lundi 16 avril 2012

Elle frissonnait, dehors le vent frappait violemment forçant les arbres à danser. Dans la maison silencieuse les bourrasques et des craquements sonnaient tels des tambourins fous accentuant le morne silence et le froid qui régnait. Face à son carnet, Ella se demandait par où commencer, que dire, quoi taire, quoi préserver, quoi révéler. Pendant de long mois de silence parfois elle y avait pensé : ses jours heureux où elle parlait, ses jours heureux où elle écrivait ces jours heureux où elle vivait. Furtivement elle y pensait puis se replongeait dans sa solitaire léthargie. Le sommeil la préservant de toutes douleurs.
Dehors le vent soufflait soulevant les feuilles qui tourbillonnaient telles ses pensées sans jamais s’arrêter.
Le chemin n'est pas rectiligne se dit-elle, la vie est plus complexe faites de circonvolution, de courbe de virages, mais jamais de retour en arrière, jamais. Elle avait presque du mal à y croire : se dire cela à elle même , elle qui avait l'impression d'avoir reculé, d'être passée de la conquête de la liberté à la servitude de la folie. Qui pouvait comprendre les implications de la rencontre avec la folie sur l'être? Qui pouvait comprendre que la folie l'avait brisée, emmenant avec elle tout ce qu'elle avait construit, tout ce qu'elle avait chérie : sa propre liberté, chèrement acquise mais perdu, tout comme la confiance, les espoirs, les envies, le besoins de défis, les grains d’ex centrisme. Le flirt avec la folie n'est pas sans conséquences, sans risques... Elle souri tristement.
Quelques part à l'intérieur un bruit sourd raisonnait, un bouillonnement, des remous: sa liberté.
Elle se l'imaginait comme un fragment de bois en feu que la découverte de la folie avait presque éteint, elle s'imaginait qu'elle avait réussit dans cette tempête dévastatrice à préservé un besoin morceau de charbon fatigué qu'elle avait enfouit au plus profond d'elle même, qu'elle avait essayé de préserver. Elle s'imaginait que durant son hibernation, durant ce temps de repos qui lui avait été imposé dans un premier temps puis dans lequel elle s'était réfugiée par commodité, elle s'imaginait que peu à peu le feu reprenait, reprendrait, avait repris. Quel temps utilisé?
La liberté est ce qui m'a toujours été précieux, la chose pour laquelle j'ai tout quitté, celle pour laquelle je suis partie à l'autre bout du monde... Pas le bonheur, non mais la liberté d'être de sentir, d'expérimenter. 
Aujourd'hui ou en est ce feu? se demanda-elle le regard perdu au delà des murs.
le feu s'était-il transformé en eau? Était-ce ces remous qu'elle sentait danser au fond de son ventre?
Son corps semblait traversé d'émotions violentes et contradictoires qui la laissait épuisée et perdue dans le silence de la tempête interne. Une seule constance comme une bouée de sauvetage: la résignation.
le mot sembla raisonné sans fin comme un écho en pleine montagne jusqu'à atteindre un sommet. Quel triste constat que la résignation se dit-elle, où est passé la rage de vivre, la guerrière toujours au combat ? Serait-ce elle qui m'aurait poussé dans le gouffre de la folie ? M'aurait-elle incitée à traverser un sentier risqué ? tant de questions suspendues en l'air au dessus de sa tête, invitait Ella a se réfugier dans le silence de la pensée, dans le sommeil. 



dimanche 26 février 2012

Inquiétudes

Il n'y a pas si longtemps j'étais confiante.
Il n'y a pas si longtemps je me sentais forte et vivante
Il n'y a pas si longtemps j'étais confiante
Il n'y a pas si longtemps il y avait de la quiétude à l'intérieur, une petite chanson, une petite rangaine de gagne

Et puis l'inquiétude est revenue à la place de la quiétude

A présent je suis inquiète : "demain", "travailler", "être indépendant", "retrouver une situation"...
Les mots les idées tournent s'entrechoquent, se heurtent sans issue.
A présent je suis inquiète alors je ne me lève plus, je ne pense plus, je ne vois plus, je ne rigole plus
Je laisse l'inquiètude me prendre et m'emmener, parfois tout de même j'essaie dans un élan de l'éloigner et pour cela s'abrutir devant la télé.
Mais même là je m'inquiète de cette inquiétude, je m'inquiète de l'inaction, je m'inquiète des peurs, je m'inquiète de mes projets ou non-projets ou irréalistes projets.
Et puis je m'inquiète face à cette vie, face à la manière de vivre qui m'incommodait avant mais qui aujourd'hui m'indispose au point d'en être malade.

Alors j'attends tapis sous mon lit que quelque chose se produise, quelque chose de bien, quelque chose de bon. J'attends que la fée vienne se pencher sur mon oreiller et trouve une issu à tout cela.
En attendant je m'inquiète pour tout et tout le monde, je m'inquiète pour mon amie dont le mari est malade, je m'inquiète au point de ne plus savoir quoi dire ou faire, quoi penser, quoi envisager. A tout cela une même réponse : Rien
Je m'inquiète du silence comme du bruit, de l'ombre ou de la lumière, du vent comme du soleil,
Je m'inquiète, je m'inquiète je m'inquiète.
Cela ne sert à rien, me prends énormément d'énergie et me laisse sans voix et alors je sais pourquoi je suis partie, je retrouve l'envie première qui un jour m'a fait dire "Au  large". J'aimerai à nouveau quitter ces inquiétudes glaçantes qui m'asphyxient à nouveau et me paralysent.
Avant face aux inquiétudes je m'armais de courage et de foie, de détermination et de persévérance.
Aujourd'hui je n'ai plus d'arme face aux inquiétudes je ne suis que nue sans ressources effrayée et paralysée

vendredi 17 février 2012

Histoire : scène du métro

Déambulant non chalamant dans les rues encores froides de Paris en ce début de mois de mars, Julia observait à la dérobé les visages de ces congénaires. Visages anguleux croisaient des visages ronds et joufflus. Tous avaient cette même mine austère, le visage fermé, le regard fixé sur un point éloigné le plus loin possible sur la ligne d'horizon : éviter de se déconcentrer, éviter de perdre de l'énergie, éviter toutes interactions. Eviter la rencontre.
Il y avait ce concept qu'elle avait étudie alors qu'elle était à la fac quelques années plutôt : la bulle. Dans les grandes villes afin de se protéger de la sur stimulation cognitive, l'être humain se confinait dans sa bulle, évitant tout contact pour se protéger. Le métro aux heures de pointes étaient le lieu d'étude privilégié de ce phénomène, le regard se détournait vers un espace vide de contact visuel direct, les attitudes devenaient plus contrites plus rigide. Arriver à la station Rambuteau, Julia descendit les marches pour s'engouffrer dans la foule souterraine.Il était 18h30, heure parfaite pour observer le Parisien dans son élément surnaturel! Elle réussit à s'introduire dans le wagon de tête de premier train qui se présenta à quaie. Elle se faufilla jusqu'à un point de vue imprenable, le fond médian du wagon, cet espace interstituel entre 2 strapontins baissés. Elle s'amusa à dévisager chacun des Parisiens qui se tenaient à ses côtés. A sa droite, une jeune fille d'environ 15 ans, un casque sur ses oreilles, jouait avec les grelots de son sac le visage totalement aspirer par l'objet de sa contemplation. A sa gauche un homme d'une trentaine d'année, à la peau d'un noir de jais la regardait à la dérobé du coin de l'oeil? Il semblait nerveux, tripotant son attaché case, regardait toute les 20 secondes sa montre. A ne pas en douter celui-là avait un rendez-vous de la plus haute importance qui l'autorisa à sortir à la station suivante en bousculant tous les occupants. C'est alors qu'elle remarqua un jeune garçon, qui ne devait avoir plus que 17 ans. il portait contre son ventre son sac à dos et transpirait abondament, son regard était étrange, totalement agard, il semblait éffrayé.Il croisa le regard de Julia à plusieurs reprises, ce qui paru avoir l'air de l'affolé encore plus. Elle finit par lui sourire, son intuition lui dictait de donner un peu de chaleur humaine à ce jeune garçon au milieu de cette foule indifférente. Elle entreprit de se rapprocher de lui, arrivé à proximité elle lui demanda si il allait bien. Il transpirait encore plus abondamment... Il réussit au prix d'un effort qui paru surhumain à prononcer trois mots : "je vais bien merci" puis il détourna le regard vers la gauche fuillant la sollicitude de Julia. Le train arriva en gare, elle en descendit. Quelques secondes plus tard une déflagration se fit entendre, Julia se jeta à plat ventre sur le sol, les cris des autres voyageurs raisonnaient autour d'elle tel des sirènes folles. Elle se retourna pour regarder la source de l'explosion : la porte de wagon d'où elle était sortie quelques secondes auparavant semblait avoir volé en éclat. Au sol elle pu distinguer un morceau de sac du jeune homme au milieu des corps sans vie des voyageurs. Elle resta à terre, stupéfaite.

jeudi 16 février 2012

De l'impudeur

Julie regardait d'un oeil vide la page blanche de son carnet où d'habitude elle prenait tant de plaisir à raconter ses impressions de la journée comme pour la fixer dans sa mémoire. Elle revoyait son amie avec laquelle elle avait dîner lui dire avec un aplomb tout sauf certain : "non mais je vais bien." toute en retenant fièrement les larmes dans l'orbite oculaire.
Cela la ramenait à ce qu'elle même disait parfois : "je vais toujours bien". Elle avait eu le coeur fendu de voir la détresse de son amie, et l'energie qu'elle s'évertuait à dépenser pour mettre à distance, contenir et enfermer cette détresse qui pourtant marquait ses traits et rongeait son coeur.
Elle jeta en vrac quelques mots sur les pages blanches : 
A être trop discret on finit par se laisser disparaître.
A minimiser son mal-être on finit par être massivement engloutie
A lutter comme un lion on finit par s'épuiser telle la proie.
Je vois trop de gens souffrir en silence, surtout rester silencieux et ne pas faire de bruit, de pas montrer et surtout ne pas le dire. Il paraît même que ce montrer vulnérable est d'une impudeur éhonté.
Ce mot-là : impudeur raisonnait à ses oreilles. Et l'insuportait. Elle écrivit : 
Est-il impudique de dire la vérité ?
Est-il impudique d'être soi-même ?
Est-il impudique de sentir ses mouvements internes et en faire part pour se soulager?
Est-il impudique d'être vulnérable ? 
Peut-être est-ce trop humain, peut-être est-ce trop universelle! Peut-être celui qui dit, qui montre, qui assume ses forces comme ses faiblesses, peut-être celui-là dérange le jeu des dupes.
Je suis en colère parce que je ne supporte plus de voir les gens que j'aime avoir mal et le nier. J'en connais trop le prix.
Personnellement j'en ai appris qu'il n'y a rien à perdre à être vulnérable, mais plutôt tout à gagner.
Et à ceux qui juge "l'impudeur" j'ai envie de dire...
Elle laissa ses mots se suspendre sur la feuille comme dans les airs. Qu'avait-elle envie de dire aux juges moraux ceux qui s'autorisaenit le droit de juger, d'accuser ce qui était impudique. Un mouvement de compassion se saisie d'elle: ces juges n'étaient-ils pas ces personnes qui étaient les plus effrayées par la faiblesse humaine, leur faiblesse... Le poids du conditionnement, le poids des conventions sociales étaient si massif, si bien assimilé par les surmois contrôlant humains qu'il était devenu impossible voire inconvenable d'exprimer de quelque manière que ce soit une once de faiblesse et encore moins de vulnérabilité. Il y avait tous ces rôles à tenir et aucun espace de liberté pour être soi : juste un humain en proie parfois aux doutes, et souvent à la détresse, mais ça il ne fallait surtout pas le montrer. Porte ton masque et souri! se dit-elle en souriant.

Elle ne comprenait plus ce qui l'avait poussée elle-même comme les autres à porter ce masque, aujourd'hui qu'elle n'en supportait plus aucun. Subitement les souvenirs revirent : la peur d'être vue, mais surtout la peur que derrière le masque il n'y ait rien. Ce qui la conduisait à se poser éternellement une question qui en était devenu un leitmotiv : qui suis-je? Elle savait que d'autres de ses amies se posaient la même question pour l'avoir lu entre les lignes d'un triste mail qui s'excusait presque d'être. Un mouvement de colère jaillit de son coeur. Au nom de quoi serait-il inapproprié d'exprimer ce que l'on ressent, de dire que l'on est perdue, d'admettre juste que le jeu n'a pas de sens. Elle s'en moquait de l'impudeur, elle y voyait bien plus le courage et la force d'admettre son humanité en toute humilité. 

mardi 7 février 2012

Auto-dérision

Parfois j'ai envie de rire comme ça subitement, rire de moi, rire de ces moments ou les profondeurs m'engloutissent.
J'ai juste envie de rire de l'absurdité dans laquelle je suis conduite? Je me pousse? Je me jette?
Quelle part de volonté ai-je dans la chute? Je ne saurai dire...

Mais là je n'ai qu'une envie en rire.
Rire de ce personnage dramatique qui écrit sa peine à force de ne savoir qu'en faire.
J'ai envie de rire de la régularité des crises, du vocabulaire employé, de ma mine affligée.
J'ai envie de rire des répétitions millimétrées, des rôles bien joués.
J'ai envie de rire juste comme ça pour aider à passer, pour dédramatiser pour me sentir vivante.
Je rie des jours de souffrance, jours où à l'intérieure il y a la voie du mal qui me dévore l'âme.
J'ai envie de rire car ça prouve bien qu'une fois remonter finalement tout cela peut devenir drôle!
La dérission me soulage, les rires m'allègent.
La vie toujours toujours intensément sur une polarité ou l'autre peut importe mais intensément!!!

lundi 6 février 2012

Le son

Suite du billet "En pays gelé"

Sans que je le sache,
Sans même en avoir conscience,
Je comprenais les autres ceux qui savaient.
Ces ombres évanescentes.
J'entendais leurs  voix, leurs histoires, leurs douleurs qui n'étaient autre que les miennes.
J'ai mal d'avoir été mal aimé, trop souvent
J'ai mal d'avoir été irrespectée, trop souvent
J'ai mal d'avoir eu peur d'être rejetée, encore une fois
Alors il est question de ne plus prendre de risque...
se figer... ne pas entendre et surtout pas écouter
J'ai mal parce que j'ai peur de tout.
Je suis statufiée dans cette peur totalitaire.

Les ombres savaient pourquoi depuis le début, pour elles il n'y a ni brume, ni froid, il n'y a que la vérité des maux nus. Il n'y a que Vérité de la souffrance du moi.

Qu'est ce que ce tout qui me fait peur ?
...?

En pays gelé

Je suis perdue dans un champs lointain couvert de neige dans un pays étranger.
Dans ce pays il n'y a pas d'habitant, il n'y a personne d'autre que des doubles, mes doubles.
Des moi d'autres âges... Eux savent.
Je ne les comprends pas ils ont beau articuler...

Eux savent.
Ils connaissent la raison de ma colère.
Ils connaissent la raison de mon malaise
Ils savent la mélancolie, l'envie d'en rester là.
Ils savent l'envie de se terrer de se cacher
Il savent le besoin de fuir
Ils savent le souhait de s'endormir pour ne jamais rouvrir les yeux
Ils savent pourquoi je ne peux avancer, pourquoi je prends racine dans ce pays gelé sans bouger
Ils savent ce qui s'est passé un jour, il y a longtemps.
Ils connaissent la raison des larmes qui coulent toujours aussi silencieusement sans pour autant tarirent.
Les larmes se figent telle des glaçons maiss ne tombent pas de mes joues, elles s'y nichent

Eux savent
Ils savent aussi que je suis forte
Ils savent que je sais me battre
Ils savent que je sais me relever
même quand moi même je n'y crois plus, même quand moi même je renonce.

Ils savent qu'un jour j'aurai le courage d'hurler cette rage secrètement enfouie.
Ils savent qu'un jour j'aurai la force d'accuser, la force de faire un procès.
Ils savent qu'un jour j'aurai suffisamment de force oui à nouveau, suffisamment envie de briser les chaines du silence dont je me suis entouré. Chaînes que j'ai forgées moi même au nom de mes larmes, au nom d'une paix froide et fictive. Les démons ne sont pas morts dans la glace de silence, Ils ne fo t que me suivre même en pays chaud.
Les ombres ne sont que des resurgance à l'espoir, aux souhaits, aux croyances qui m'ont toujours habité: un jour tout s'arretera et tout ira bien. Un jour tout ira bien.
Elles essaient de m'aider de me faire comprendre, d'expliquer, d'illustrer,... Je ne comprends pas.

Qui suis-je en train de proteger dans cette prison blanchâtre de brume dans ce pays glacé ?
Moi ? Non je ne crois pas.
Je ne suis qu'entrain de geler ma vie, de continuer à la figer dans ce glaçon d'impossibilités.
POURQUOI M'EST-IL IMPOSSIBLE D'ENTENDRE CES AUTRES QUI SAVENT ?

Pourquoi est-ce que je me sens si minuscule.
Je me sens poussière avant l'heure.
Une petite poussière poussée par des vents contraires, vents de vie, vents de morts, vents me dévorent.
Et pourtant je résiste à ces morsures démoniaques.
Je reste droite, le regard décidé, le port altier.
Mes yeux pleurs de froids et de douleur, mes oreilles restent sourdes aux paroles de ceux qui savent.
Néanmoins je poursuis mon chemin vers ce qui semble être ma destination :
La libération.
Malgré la brume je sais qu'au dessus par très loin il y a le soleil, il y a la chaleur il y a la vie pur.
J'ai foi, un jour je réussirai à entendre les autres ceux qui savent, mes ombres, mes doubles.