Elle frissonnait, dehors le vent frappait violemment forçant les arbres à danser. Dans la maison silencieuse les bourrasques et des craquements sonnaient tels des tambourins fous accentuant le morne silence et le froid qui régnait. Face à son carnet, Ella se demandait par où commencer, que dire, quoi taire, quoi préserver, quoi révéler. Pendant de long mois de silence parfois elle y avait pensé : ses jours heureux où elle parlait, ses jours heureux où elle écrivait ces jours heureux où elle vivait. Furtivement elle y pensait puis se replongeait dans sa solitaire léthargie. Le sommeil la préservant de toutes douleurs.
Dehors le vent soufflait soulevant les feuilles qui tourbillonnaient telles ses pensées sans jamais s’arrêter.
Le chemin n'est pas rectiligne se dit-elle, la vie est plus complexe faites de circonvolution, de courbe de virages, mais jamais de retour en arrière, jamais. Elle avait presque du mal à y croire : se dire cela à elle même , elle qui avait l'impression d'avoir reculé, d'être passée de la conquête de la liberté à la servitude de la folie. Qui pouvait comprendre les implications de la rencontre avec la folie sur l'être? Qui pouvait comprendre que la folie l'avait brisée, emmenant avec elle tout ce qu'elle avait construit, tout ce qu'elle avait chérie : sa propre liberté, chèrement acquise mais perdu, tout comme la confiance, les espoirs, les envies, le besoins de défis, les grains d’ex centrisme. Le flirt avec la folie n'est pas sans conséquences, sans risques... Elle souri tristement.
Quelques part à l'intérieur un bruit sourd raisonnait, un bouillonnement, des remous: sa liberté.
Elle se l'imaginait comme un fragment de bois en feu que la découverte de la folie avait presque éteint, elle s'imaginait qu'elle avait réussit dans cette tempête dévastatrice à préservé un besoin morceau de charbon fatigué qu'elle avait enfouit au plus profond d'elle même, qu'elle avait essayé de préserver. Elle s'imaginait que durant son hibernation, durant ce temps de repos qui lui avait été imposé dans un premier temps puis dans lequel elle s'était réfugiée par commodité, elle s'imaginait que peu à peu le feu reprenait, reprendrait, avait repris. Quel temps utilisé?
La liberté est ce qui m'a toujours été précieux, la chose pour laquelle j'ai tout quitté, celle pour laquelle je suis partie à l'autre bout du monde... Pas le bonheur, non mais la liberté d'être de sentir, d'expérimenter.
Aujourd'hui ou en est ce feu? se demanda-elle le regard perdu au delà des murs.
le feu s'était-il transformé en eau? Était-ce ces remous qu'elle sentait danser au fond de son ventre?
Son corps semblait traversé d'émotions violentes et contradictoires qui la laissait épuisée et perdue dans le silence de la tempête interne. Une seule constance comme une bouée de sauvetage: la résignation.
le mot sembla raisonné sans fin comme un écho en pleine montagne jusqu'à atteindre un sommet. Quel triste constat que la résignation se dit-elle, où est passé la rage de vivre, la guerrière toujours au combat ? Serait-ce elle qui m'aurait poussé dans le gouffre de la folie ? M'aurait-elle incitée à traverser un sentier risqué ? tant de questions suspendues en l'air au dessus de sa tête, invitait Ella a se réfugier dans le silence de la pensée, dans le sommeil.