vendredi 23 février 2024

Même les plantes sont tristes

Même les plantes sont tristes, elles deviennent toutes jaunes et finissent par perdre leurs feuillages. Le ficus que j'ai depuis quelques années dépéri. Suis-je à l'image de ces plantes sans toi ? Est-ce parce que cette rupture est progressive ? Est-ce parce que je me rends compte que nous nous écrivons de moins en moins ? Ou bien est-ce parce que tu me manques ?

Cette histoire a été si belle. Elle m'a fait tant de bien. Mais aurait-elle été identique si je ne t'avais pas rencontrer à ce moment précis où j'étais en pré-crise ? C'est une question à laquelle il n'y aura jamais de réponse. L'amour et la bipolarité font bon ménage !

Quand je t'ai rencontré c'était comme si je te connaissais déjà, nous avions passé tellement d'heure à nous raconter par vocaux interposés. Des heures et des heures de vocaux. Le jour où tu t'es présenté devant ma porte c'était comme si je t'avais quitté hier, ça a tout de suite été évident, fluide et drôle. Tout de suite tu m'as fait rire, tu es entré dans un grand coup de vent dans ma vie. C'était agréable, joyeux, beau et bon. Et surtout c'était vivant. La vie que je trouvais dans ton rire cristallin.  Rien que t'entendre rire me donnait le sourire. Et puis il y a eu cette excursion à Montbazon, c'était fin avril, il faisait doux et beau. ON est allé faire cette chasse au trésor à la forteresse de Montbazon. J'ai envie de garder le souvenir de cette rencontre comme un cadeau précieux. On n'a parlé de plein de choses, je me sentais bien en ta compagnie, j'étais heureuse. Mais il y avait quelques bizarreries dans mon attitude, les premiers symptômes... Il y a eu ce fou rire que j'ai eu dans le bar où nous avons bu une bière sans alcool pour moi. Tu as ri aussi. Les gens autour de nous nous regardait en souriant. J'ai tellement ri. C'était bon.

Vais-je retrouvé ce rire ? La maladie me l'a enlevé. La gravité ultime m'a rattrapé depuis le dernier épisode. 

Plusieurs fois je me suis demandée quelle version de moi tu avais rencontré. De part l'état particulier dans lequel j'étais. J'étais une version de moi beaucoup plus libre et fun. Tu me disais que je t'avais touché, je ne sais pas bien comment. 

Je veux garder ces moments en mémoire, ne pas les laisser s'effacer. Tu as été tellement attentionné, mon sauveur. C'est bien parce que tu es un sauveur que je te perds, je ne suis plus à sauver à présent, c'est l'autre qui doit être sauver et pourtant tu n'y peux rien. Tu es impuissant. 

Il y a eu le moment aussi où j'ai dévalisé Gifi à la petite Madelaine, encore un symptôme d'achat compulsif. La bombonne d'hélium  ne m'a pas servi jusqu'à présent... Ni le jeu de quille, ni le pistolet en plastique, ni les ballons. J'avais des idées de grandeurs, je voulais fêter le 1er mai. Je l'ai fête à l'hôpital et alors ce n'était pas très festif.

Avec toi j'ai pu être la version de moi que j'aime : une femme piquante, drôle, exubérante, un peu fofolle. Je veux la retrouver. Ce n'est pas que toi que je perds, je perds aussi une part de moi, une part de celle que je pouvais être avec toi. Tu me manques et je me manque.

Il y a eu ce cocktail sous le maronier, ce fut un moment magique, dans le jardin de la résidence; Et puis après nous avons fait l'amour, c'était magique. Notre premier fois fut si belle, si pur, si innocente. J'en garde un souvenir impérissable.

Et puis après, quand j'ai été hospitalisé tu as fait des pieds et des mains pour retrouver ma trace, un vrai Sherlock Holmes ! Tu voulais savoir, tu voulais me sauver. Ton meilleure rôle! Et tu as réussi. Tu m'as fait une play liste pour me divertir. Tu m'as aider à démonter la tête de mes démons en musique. Tu m'as aidé à sortir de l'hôpital qu'on avait baptisé Foudlard, L'école des sorcier un peu fou. Grace à toi cette épisode n'a été qu'un remous et pas un  cataclysme. 

Il y a eu mon anniversaire aussi. La surprise que tu m'as préparé, cette chanson, "tu peux compter sur moi "

Et puis il y a eu nos vacances, deux jours sans nuage, jusqu'à ce qu'elle fasse une crise de jalousie... Et de là ça a été de mal en pire. Jusqu'à notre rupture. Ou plutôt jusqu'à son interdiction de nous voir.  

Nos vacances furent belle aussi. Dans la voiture tu m'as fait ton cours sur l'énergie. Nous avons bu une bière au bar. Le soir nous avons terminé les reste des lasagnes que tu as cuisiné pour moi. Il y a eu ton discours sur le front de parietaux. J'adore t'écouter me parler de sciences, de biais cognitifs ou d'astronomie. Et puis il y a eu notre randonnée sur le chemin des douaniers. La découverte de la plage de naturiste, ca tombait bien , nous n'avions pas de maillot de bain. J'ai aimé notre insouciance, nos rires, notre gène aussi un peu. J'ai passé des vacances formidables grâce à toi. La suite a été moins drôle puisqu'à partir de là elle ne voulait plus te partager.  Aout à été notre acmé. Et puis il y a eu la descente lente et progressive. Mai j'étais déjà amoureuse de toi. Cette amour m'a fait tellement de bien. Tu es un mec en or, moi aussi si tu m'avais choisi j'aurai eu du mal à te partager avec d'autres.  

Merci Judi pour tout ce que tu m'as apporté. Merci mon aimant.

dimanche 31 décembre 2023

Retour en mots

 L'ami blog, bonjour. 

Il y avait longtemps. 

Comment vas-tu vieille branche ?

Il s'en ait passé des choses pendant toutes ces années de silence. 4 ans sans un mot. J'ai beau dire que j'arrête d'écrire ( et je l'ai écrit plusieurs fois ici) en vrai je n'arrête jamais totalement. C'est un besoin très fort chez moi. J'ai continué à écrire dans mes carnets. Peut-être un peu moins souvent, mais quand même.

J'ai eu envie de revenir car ces derniers temps je vis des choses chouettes dont j'ai envie de parler : ma vie sentimentale à bien évolué, elle a pris un tournant surprenant.

Et puis il a y  toujours cette chienne de maladie qui est bien là, toujours avec ces manifestations, toujours.

Alors je me suis dit pourquoi pas recommencer, remettre des mots sur tout cela, après tout ça me faisait un bien fou. Ca va peut-être être ma bonne résolution pour l'année à venir : Revenir écrire par ici.

Par où commencer?

Ca peut être long un update de 4 ans.

Commençons par la maladie. 

Je me débat encore avec elle, j'ai été hospitalisé deux fois en 4 ans. Des longues hospitalisions de plusieurs semaines. J'ai traversé une convalescence très longue, j'ai mis 2 ans à revenir à un état satisfaisant où la vie a du sens, où j'ai des émotions,  des envies, une vitalité... Bref où la vie est plaisante à nouveau.

Ces deux années on été marqué par le Covid : le jour où je suis sortie de l'hôpital le premier confinement était annoncé et le monde allait se replié sur lui même durant 2 ans. Donc ce fut une période parfaite pour la convalescence. Je n'ai pas eu trop le choix j'étais tellement vidée par la puissance de cette crise de Noël. Je me suis rendue compte en replongeant dans la lecture de ce blog depuis ces dernières semaines, qu'à chaque crise je disais qu'elle était la plus forte. Avec le recul de ces 9 années de vie sous diagnostic, je peux dire que la crise de Noël pré-Covid a été la pire de toute. La plus violente et la plus longue surtout j'ai déconné à plein tube dans l'enceinte de l'hôpital pendants des semaines, puis ça s'est calmé, les médicaments on finis par me ralentir, le délire s'est estompé mais je suis restée hospitalisée 3 mois. En sortant j'étais un zombi, l'ombre de moi même, un être ralenti, évanesçant. Le retour a été extrêmement long et difficile. Ce qui m'a aidé ? Mon entourage, comme toujours, me mettre au dessin et à la sculpture aussi. Être dans une énergie créative m'a ramenée progressivement à la vie, m'a sorti du vide abyssale dans laquelle j'étais engluée. Durant cette convalescence j'ai fusionné à mon canapé, j'ai passé des heures à regarder le ciel par la fenêtre, à attendre que l'étincelle de vie revienne ma réchauffer. Durant cette période d'apathie où je faisais le minimum syndical : travailler, dormir, préparer à manger, manger, dormir, et reprendre la même chose le jour suivant. Mon chat a - comme à chaque fois - été une compagne formidable, elle me maintenait en vie avec ses jeux et surtout ses câlins. Une compagne exceptionnelle, un soutien formidable, une motivation pour ne pas se foutre en l'air. d'ailleurs j'ai bien failli le faire un jour me foutre en l'air. C'était un jour de janvier, je n'en pouvais plus d'être si mal, j'avais beau demandé au psy de diminuer les doses du traitement, ça ne diminuait pas suffisamment, j'étais toujours anesthésier, une vie sans émotion est bien plate et insipide. Alors j'ai pris une corde, que j'ai accroché à mon lustre, j'ai tenté de faire un nœud coulant, j'ai placé ma tête dans le nœud en montant sur ma table basse, je me suis balancée plusieurs fois, mais je n'ai pas eu le courage de me tuer. J'ai donc fini par défaire le dispositif et j'ai pleuré, je ne voulais pas mourir, bien au contraire je voulais retrouver une vie mais une vie agréable par une vie sans saveur. J'étais désespérée. Après ce geste j'ai appelé mes parents qui m'ont dit d'appeler le psy qui m'a dit de prendre du Valium. Comme si ça allait calmer les choses, ça m'a anesthésié un peu l'angoisse en effet, et puis j'ai repris la sous-vie. Je parle de sous vie et pas de survie, car il y a quelque chose de la notion de vivre sous un niveau de vie. Donc j'ai sous-vécu comme ça pendant un moment, je voyais quand même quelques personnes de temps en temps. Je maintenais un simulacre de vie, mais elle était totalement sans saveur, je m'accrochais à la structure de cette vie, aux routines et aux habitudes, j'étais un automate. Faire le robot le temps que l'étincelle revienne à bien fonctionné, j'ai passé ce temps de non vie et j'ai retrouvé la vie progressivement. Avec mon psy on a trouvé un dosage où j'étais bien, stable avec des émotions, de l'élan, de l'allant, des envies, des rires, des sourires, des paroles. La vie est revenue. La vie revient toujours. A ce moment là j'étais à 0.5 mg, une dose infime, certain psys seraient horrifié, à ce dosage là c'est presque de l'Homéopathie tellement c'est faible. J'ai vécue un an à ce dosage. Une belle année de vie bien pleine, pleine d'aventures, de rires, de discussions, d'amour, de découvertes, de réalisation, de partage. Une belle année. Et puis j'étais tellement bien que je n'ai pas voulu voir la crise maniaque arriver, j'ai eu les prodromes habituels, j'ai vu, j'ai eu peur, j'ai augmenté mon traitement en passant à 1 mg, j'ai cru que j'arriverai à contrôler le chevalier noir. Mais je n'ai pas été aux urgences, j'ai bien failli les appeler une fois, mais j'ai finalement raccroché, j'ai eu mon psychanalyste qui m'a dit d'augmenté, ce que j'ai fait. Mais le processus était déjà en place, insidieusement, progressivement, j'ai cru pouvoir le dominer. Finalement c'est  lui qui m'a dominé au bout de plusieurs semaines. Le pic de la crise a été très violent avec toujours les mêmes thèmes délirants de mort. Cette fois j'avais la conviction qu'une bombe allait péter au dessus de nos têtes comme à Hirochima. J'ai voulu projeter la vie en absorbant les chocs avec mon corps, en me sacrifiant. J'ai aussi voulu protéger mon chat donc je l'ai libéré de l'appartement en me disant qu'elle pourrait courir loin se réfugier dans un endroit et continuer sa vie. j'ai lancé des objets par la fenêtre. Bref ce fut très bruyant et très visible. Comme dans toutes bonnes crises maniaque, j'ai arrêté de manger et de dormir, j'avais mille idées à la minutes, une énergie de dingue, j'étais bien. J'ai compris aujourd'hui que cet état de bien-être où tout en possible n'est en fait que l'effet de la maladie, que c'est aussi un signe. Quand j'appelle ma mère pour lui dire que je vais bien, la crise est proche, très proche, elle explose quelques jours après. Donc ai-je le droit d'être bien ? C'est une question que je me pose depuis. C'est quoi  être bien pour moi ? A quel bien je peux prétendre ? Depuis cette dernière crise qui a eu lieu le premier mai 2023, je m'interroge. 

Durant cette année de belle vie, je suis entrée dans une nouvelle modalité sentimentale, c'est aussi pour cela que j'ai envie de reprendre la plume par ici. J'ai entamé une exploration du Polyamour: incursion en  Polyamorie. Ce qui signifie que j'ai plusieurs amoureux. Ce qui m'a beaucoup aidé lors de la dernière crise, je n'étais pas seule, surtout que l'un de mes partenaires (J.) a été très présent et m'a beaucoup aidée, soutenue, accompagnée. Ce fut une bénédiction. A. a été beaucoup plus discret pendant le temps de l'hospitalisation, même si il est venu me voir une fois ce qui m'a fait très plaisir, il a été présent une fois que je suis sortie de l'hôpital. Mes amoureux m'ont aidé à me relever vite et bien. Ce qui n'est pas rien. je les remercie tendrement d'avoir pu être présent durant cette période compliquée pour moi.  Donc voilà pourquoi j'ai envie de reprendre le chemin de ce blog, car j'ai des choses à raconter. Des choses chouettes, enthousiasmantes. 


mercredi 15 mai 2019

Le tsunami printanier: devenir personne

J'allais bien, je le disais à mon psy, "je vais bien" avec un peu d'étonnement (oui toujours un petit étonnement), j'avais à nouveau des envies, des idées, des émotions. J'allais bien. La maladie me paraissait endormie à nouveau. Erreur elle n'est jamais très loin. C'est bien pour ça qu'on appelle les moments d’accalmie les "intervalles libres".

Cette fois-ci, la crise a été extrêmement subite, brutale et d'une violence inouïe.
Aurais-je touché là à l'essence même de la maladie, son point de départ, son origine ? C'est possible. 

La différence : cette fois j'ai bien failli mourir, en disant cela je suis extrêmement sérieuse. Les autres foi, ce sont mes proches qui me voyaient disparaître, là j'aurais pu disparaître pour de bon. 

L'exaltation positive commence avec la rencontre fulgurante d'un homme qui me plaît, fait suffisamment rare pour être notable. La joie monte monte monte comme la petite bête et se transforme progressivement en exaltation. Jusqu'au moment du stop, un temps où le partenaire préféré se protéger et  quitte la scène. Ce stop aurait du être anodin, être compris, être sain même, mais la petite bête de la maladie était déjà trop monté pour que la chose passe inaperçue. 
Alors la spirale infernale monte en 24h, et atteint son paroxysme.
Tout bascule dans un acte manqué, acte inconscient : laisser son identité derrière soi, disparaître comme dans la fumée d'un tour de magie. Un peu de poudre, un son, surprise et hop il n'est plus là.

J'ai disparu pendant quelques heures entre 12 h 30 et 22 h.  10 heures où je n'étais plus moi, ou j'étais personne, et "personne" n'a pas de papiers, ni de téléphone, ni de clé de maison ou même de maison, personne n'a pas d'argent. Personne est là, et son identité disparaît dans l'absence de tout objet, de tout lien, dans l'absence de tout, j'ai disparu dans l'infinité. 
 
Disparaître dans le grand tout et rien du monde, comme diluée dans du white spirit. Une mort sociale, une mort physique pour une renaissance spirituelle?
Peut-être est-ce là la clé de cet épisode.

mardi 14 mai 2019

Back on track

Et me voici de retour dans cet espace que je pensais avoir clos pour toujours, mais comme le temps est cyclique, le passé s'invite dans le présent et projette une image dans le futur.

L'écriture fut l'une de mes meilleures thérapies, alors reprenons!

Ce retour est motivé par ce que j'ai vécu ses derniers mois:
Recherche d'un appartement, compromis de vente, recherche de crédit, réponses (négatives par 4 fois, puis crise, puis signature du prêt, puis déménagement/emménagement, travaux... ajoutons à cela la fin d'une formation passionnément épuisante, la rédaction d'un mémoire, la soutenance de ce mémoire.) Bref depuis le dernier post, ici je n'ai pas chômé.
La maladie s'était tue, et puis elle a fait une rapide incursion en octobre, une hospitalisation de 2 jours avec 3 semaines d’arrêt.

Et elle est encore revenue le mois dernier, cette fois ce fut différent, d’où le besoin de revenir par ici pour en parler, pour le raconter, pour l’analyser, le décortiquer, le retravailler, pour mieux s'en sortir, car cette fois ce fut un tsunami, là où j'avais l'habitude de pics d'exaltation.

Alors allons-y, ré-ouvrons ce blog car il y a de la continuité en tout.

lundi 19 juin 2017

Etrange étrange

Aujourd'hui je suis dans un drôle d'état. Il n'a rien de drôle cet état il est juste très perturbant.

Depuis le dernier post, j'ai l'impression d'avoir fait des bonds de géantes qui me mènent à aujourd'hui.
Cet aujourd'hui commence avec un constat non négligeable : je vais bien, je m'aime, je suis fière de moi. L'autre jour lors d'une discussion avec une amie, j'ai fait le constat que j'allais bien, même très bien. J'ai lâché des choses pas  mal de choses qui m'encombraient dont ce fameux "impossible" dont j'ai envie de parler aujourd'hui.

Le travail avec mon Psy adoré (oui je suis dans une phase d'amoouur avec lui!) m'a permis de me rendre compte du pourquoi de la rencontre de tous ces hommes indisponibles, outre la protection évoquée la dernière fois, il s'agit aussi et peut-être même surtout, d'accomplir un voeu impossible celui d'une petite fille de 4 ans qui se souvient d'un étrange soir, où elle mangeait devant la télévision, ses parents étaient attablés devant des montagnes de papiers.... Elle ne sait pas ce qui se trame, mais elle sent qu'il se passe quelque chose, quelque chose qui va faire basculer sa vie, leurs vies. Je crois que c'est à ce moment-là que cette petite fille en moi s'est promis de réussir là où ses parents avaient échoué : construire une famille stable et aimante. Cette promesse est devenue une prophétie, qui avec le temps s'est transformé en impératif absolu annihilant.
Impossible donc t'atteindre la chose, impossible donc de rencontrer un homme diponible. La prophétie de l'impossible. 
Grâce à un long travail, j'ai fini par comprendre et accepter puis à lâcher prise, à me confronter à la buttée de l'impossible, comme un caillou sur lequel on tombe systématiquement toujours sur le chemin.  Là, j'ai appris à regarder le chemin, à voir le caillou sans tomber dessus. Ça laisse de l'air, de la liberté pour autre chose, pour de l'imprévu.

Et nous voici arrivés à aujourd'hui et à l'imprévu... et à cet étrange état!

Au cours de ce chemin, j'ai aussi appris une chose fondamentale sur moi même : j'ai besoin qu'il y ait un homme dans les parrages, un homme a qui penser, à qui parler...bref je suis une femme à homme (mais au singulier). Une fois que je l'ai compris et admis, là aussi cela à créé de la légèreté. C'est pour tout ça que je vais bien! 

Donc j'ai repris mes activités pour me mettre un homme dans mes parages, le dernier ayant décidé de s'effacer progressivement. Et puis comme c'est l'été et la saison des verres, dehors! Autant trouver un comparse pour sévir! 
Donc ni une, ni deux, me voici sur mes petits sites de rencontre en quête d'un homme.
Il y a toujours les indisponibles, je les vois et je les fuis!

Et puis il y a l'exception. Un jeune homme qui me fait parler et écrire, qui me fait des compliments, qui me propose un rendez-vous. J'accèpte mais un peu sur la réserve puisqu'il m'a plus fait parler que je ne l'ai fait parler... J'hésite, et puis je finis par accepter. 
Nous nous voyons en coup de vent le temps que j'aille nourrir mon chat, je fais un aller-retour au parc. Il s'y installe avec une slide line. Je le rejoins, d'autres personnes sont là. Nous discutons de funambulisme. Il me fait essayer la slide line. C'est sympathique. Les choses sont assez naturelles, je suis moi-même.
Puis nous bougeons en vélo : un verre de vouvray en mode pique-nique, le temps passe sans que je ne le sente. La discussion est fluide et sympathique.
Nous allons diner dans un tout nouveau lieu le Smaack, un street food bio! Il m'invite.
La soirée se passe. 
Nous nous quittons, il insiste sur le fait d'avoir passé une bonne soirée et d'avoir envie de me revoir. J'acsquièsce, nous comparons nos agendas : peut-être dimanche? Peut-être.

Et puis dimanche il y a eu l'opportunité, une glace, puis il m'a rejoint dans mon bureau de vote pour le dépouillement.  A partir de 20h45 nous sommes libre de notre soirée.
Et à nouveau la soirée se passe bien. Il a fait un effort vestimentaire par rapport à nos deux premiers entrevues. Il attaque un peu plus le mode séduction.

Bref, je passe une bonne soirée.

Donc tout va bien... et pourtant j'ai une étrange sensation : la sensation de l'inconnu, l'inconnu a plus d'un titre:
- Il veut me voir quand il est disponible.
- Il me propose des choses pour qu'on se revoie
 - Il a une stratégie pour ça, ce qui est assez touchant.
Mais surtout et c'est ce point là qui me fait bizarre : c'est le premier homme que je rencontre qui semble avoir de la place pour une femme dans sa vie, dans son discours, il y a une place pour quelqu'une. C'est la toute première fois que je suis confrontée à cet inconnu là de l'homme disponible.

Est-ce de la peur? de la méfiance? 
Oui méfiance envers moi-même et mes habitudes. Méfiance car toutes mes expériences m'ont appris une chose (pas que, bien evidement, mais cette chose là est essentielle ) 
"Prendre le temps de faire connaissance"

Ne pas se ruer, ne pas se dépêcher, ne pas se jeter, juste faire connaissance.
C'est étrange parce que c'est nouveau. Et c'est nouveau car j'ai fait du ménage. Je n'ai pas envie de me jeter tête baissée comme  un taureau attiré par un foulard rouge.

Etrange donc...
 

vendredi 12 mai 2017

Le prix de la dette : larmes et désirs

Ce texte commence dans un grand soupir. Difficile de parler d'un sujet si intime...

Comme beaucoup de femmes, petite fille je m'imaginais maman, c'était logique, évident...
Le premier homme qui a partagé longtemps ma vie n'a pas exaucé mon désir. C'est d'ailleurs pour cela que nous nous sommes quittés: il n'y avait plus d'avenir commun ; j'ai préféré quitter cette mascarade relationnelle.
28 ans, célibataire. J'ai vécu, j'ai voyagé, j'ai fait plein de choses. 

Jusqu'à une hospitalisation sous contrainte... Les médecins parlaient dans mon dos d'épisode de dépersonnalisation, de psychose - bref j'étais folle.
Puis je suis sortie de l'hôpital et j'ai pris le temps de me reconstruire : mon entourage m'a beaucoup beaucoup aidée. J'ai repris pied dans ma vie.
Suite à cette hospitalisation j'ai été suivie. Le psychiatre m'a trouvé un diagnostic : Bipolaire Type II...

Le diagnostic est tombé il y a 3 ans et demi, depuis un traitement a été mis en place, je suis stable depuis 2 ans tout juste. J'ai une vie sociale, un travail que j'aime et qui me passionne, j'ai repris des études... Je suis normothymique comme disent les psys. Je suis suivie en analyse par un psychiatre.
Bref je suis une folle raisonnable qui vit sa vie.

Mais car il y a toujours un mais... mais je n'ai pas d'enfant...
J'ai 34 ans, bientôt 35; ma vie sentimentale est chaotique.Ces derniers temps je commence à mettre le doigt sur le pourquoi de ce chaos.
Je rencontre des hommes qui ne veulent pas entrer dans une relation- des indisponibles maladifs... j'en ai collectionné un certain nombre... Aujourd'hui encore je suis avec un indisponible, il me l'a signifié clairement durant nos vacances...
Pourquoi donc toujours des indisponibles? J'ai mis le doigt sur la cause : m'éviter de rencontrer un homme qui aurait envie de s'engager à mes côtés. Cette tactique fonctionne on ne peut mieux !
Le fond du pourquoi réside dans mon indécrottable désir de Maternité - je me suis illusionnée ces derniers mois à me dire que non, je ne voulais pas... et c'est vrai qu'une part de moi ne sait pas, mais une autre le désire très fort, et plus j'essaie d'étouffer ce désir et plus il me bouscule...
Cette nuit j'ai rêvé que j'étais enceinte, presque au terme, je souffrais de ce gros ventre douloureux et tendu. il était pourtant temps d'accoucher mais je n'y arrivais pas, je ne lâchais pas...

En parlant de tout cela avec mon psy, mes larmes se sont mises à couler, elles ont commencé il y a plus d'une heure à présent, mais je n'arrive pas à les tarir...
En plus, j'ai fait un truc con, j'ai chercher sur le net, mère bipolaire... et j'ai plus lu des trucs qui vont dans le sens de ma "décision" consciente de ne pas mêler qui que ce soit dans cette affaire. Ne pas prendre le risque qu'un conjoint ou qu'un enfant soit pris dans les turpitudes des phases de la maladie. 
Pourtant je n'en n'ai plus depuis 2 ans; on m'a même autorisée à tester une phase d'arrêt du traitement....
J'ai une vie stable et équilibrée.
J'ai admis le diagnostic même si j'ai des phases où je me débats encore.
Je serais sûrement en capacité de faire face à une crise. Seule oui, mais quelque chose en moi refuse d'impliquer une autre personne, et encore moins un enfant.
Je sais que je ne suis pas comme les malades dont les enfants témoignent, par le simple fait que je vis avec, mais n'empêche... Ce risque de rechute... cette épée de Damocles au-dessus de ma tête... 
J'ai intégré une injonction : " tu ne dois pas impliquer autrui dans ta maladie. Car il est possible qu'elle revienne sur le devant de la scène." 
Je peux vivre avec ce risque seule, mais pas engager quelqu'un avec moi sur ce chemin. Je m'y refuse, et ce refus me coûte ma vie sentimentale, me coûte mon désir de maternité, il me condamne à une vie de solitude et d'errance sentimentale... C'est le prix de ma maladie, ma dette envers la société.

C'est un prix très fort et très dur. Le prix de larmes et des souffrances de la solitude.



jeudi 30 mars 2017

1000&1 Vies

Je suis épuisée, mon corps me porte difficilement, toute mon énergie a été concentré depuis 10 jours à la réalisation d'un travail dont la deadlines était hier soir, c'est passé. Et bien passé mais je suis épuisée. Par les joyeux hasards de la vie j'avais rdv chez mon Kiné ce matin, ce qui m'a fait un bien fou. J'ai mené ma journée sentant bien quelque chose de différent de d'habitude... 
C'est le creux après le déferlement de la vague. 
Et des vagues il y en a eu quelques unes depuis ces dernières semaines. Mon inconscient de son coté travaille comme il peut!
Mais je suis épuisée. Ce n'est pas la première fois que je suis gagnée par cette sensation d'être vieille, très vieille, une très vieille Dame.
Dans ces moments-là quelque chose à l'intérieur me dit "c'est ça de vivre sa 1001e vie.
Mon corps est jeune, mon visage aussi j'ai l'air d'une fluette jeune première, mais mon âme est vieille. C'est une étrange sensation : une certaine lassitude parfois de tout ce cirque, tout ce charivarie de la vie. Tous ces bruits, ces mouvements... toutes cette agitations pour tout ça.
Dans ces moments-là, j'aspire à un silence total, à un temps dans un espace paradisiaque épanouissant, silencieux, doux et protecteur.

Toutes ces émotions de ces dernières semaines, cet homme rencontré par chance, le différent, celui qui me fait si peur.
Demain nous nous retrouvons après 2 semaines de séparation. J'ai hâte et en même temps j'ai peur. Je sais que ce n'est pas la fatigue, c'est autre chose, la surprise qu'il constitue, la surprise que l'on constitue l'un pour l'autre. Cette jolie surprise pleine de douceur et de simplicité, tout en attention et en mots doux.

Je crois que malgrés mes 1001 vies, je crains cette expérience nouvelle ; mes anciens réflexes ne fonctionnent pas dans cette nouvelle configuration, dans cette rencontre étrange et envoûtante où je me laisse aller. C'est ça qui me fait peur. Que personne ne me parle de lâcher prise ! Pitié ! Sourire.

Cette nuit je vais dormir milles nuits pour profiter pleinement de la journée de demain, un nouveau jour dans ma 1000&1e vie.